Avant l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo, en 2009, les Gabonais vivaient décemment. Mais dix ans après sa prise du pouvoir, des milliers de citoyens tirent le diable par la queue. Toutes les mesures prises par le dictateur et ses différents gouvernements ne sont pas pour améliorer le vécu quotidien de la population, loin s’en faut. Elles plongent plutôt le peuple dans le trou sans fond de la pauvreté.

Jonas MOULENDA

AUJOURD’HUI, les Gabonais vivent plus mal qu’hier. Se nourrir est un besoin physiologique fondamental dont l’être humain ne peut se passer pour son bien-être physique. Mais depuis qu’Ali Bongo a accédé aux manettes de l’Etat, il y a huit ans, cette obligation purement biologique est devenue une charge sociale très lourde pour la majorité des citoyens. Elle représente désormais un véritable casse-tête dans de nombreux ménages.

Les principes diététiques n’y sont plus respectés. Pis, rares sont les familles qui réussissent encore à assurer trois repas quotidiens à leur progéniture. Selon les jérémiades qui fusent urbi et orbi, la misère frappe à toutes les portes, fors celles des gouvernants et des apparatchiks passés dans l’opposition.

Agressés par la misère,  de nombreux Gabonais fouillent désormais les poubelles pour se nourrir. « La vie est devenue une terrible lutte au Gabon depuis quelques années. Les gens ne vivent plus, ils survivent plutôt. Leur pouvoir d’achat s’est considérablement dégradé. Partout, c’est la galère. Cette situation est voulue et entretenue par le pouvoir », dénonce le président d’une association des consommateurs.

La misère pousse désormais de nombreux Gabonais à chercher de la nourriture dans les poubelles.

La misère dans laquelle pataugent les Gabonais ne semble pas émouvoir le tyran. Il est plus préoccupé à conserver le pouvoir qui lui échappe peu à peu qu’à régler les problèmes du bien-être de ses concitoyens. D’ailleurs, il est décrit comme un dirigeant dépourvu d’empathie. Ses acolytes et lui continuent à utiliser les maigres ressources de l’Etat pour réaliser leurs folies dispendieuses à travers le monde. Or, la situation devient davantage intenable à travers tout le pays.

PAUVRES HÈRES. Des milliers de citoyens sont désormais pris en étau entre la misère et la dictature féroce d’Ali Bongo. Cette situation est perceptible à Libreville notamment. Dans un environnement décoré de détritus et de boue qui dégagent une odeur fétide, d’attirails et de mouches, des enfants, cuillère à la bouche, mangent avec une rare désinvolture, sans se soucier de leur santé. D’autres fouillent des poubelles. ils sont des milliers d’âmes qui se débrouillent quotidiennement tant bien que mal pour se nourrir.

Le soir venu, certaines familles démunies n’ont que du pain et du lait à donner à leur progéniture. Libreville et Port-Gentil, les deux premières villes du pays, sont devenues une constellation de misère. De nombreuses familles n’ont qu’un bol de riz, arrosé de la sauce de tomate, probablement rempli de tous les microbes du monde. Se nourrir confortablement n’est plus ce qui compte pour certains citoyens. C’est trouver quelque chose à un prix plus ou moins abordable pour satisfaire cette sensation de faim, qui affecte de nombreuses familles.

Pour de nombreux citoyens, vivant en ville aussi bien qu’à la campagne, le pouvoir d’achat n’existe que dans la cognition. Néanmoins, en dépit de tout, pour ne pas crever de faim, tout le monde se débrouille à sa manière pour s’alimenter. C’est à croire qu’Ali Bongo refuse aux Gabonais le droit de vivre décemment. Ceux qui se lèvent pour dénoncer cette situation deviennent les cibles privilégiés des sicaires du régime. Tout le monde s’accorde à reconnaître que le gouvernement en place n’est composé que des hommes et des femmes à l’esprit fielleux et non d’amour, la clé de réussite de toute société civilisée.

Au demeurant, Ali Bongo a transformé les Gabonais en pauvres hères pour mieux asseoir son pouvoir usurpé et chancelant. La culture de la haine qu’il a promue a stratifié davantage la société gabonaise et dressé un grand mur de lamentations. La récente augmentation du prix de carburant et l’indifférence du gouvernement des putschistes face aux préoccupations des Gabonais révèlent un sentiment croissant que le taux de croissance économique du pays n’a pas contribué pas à sortir les plus pauvres de leur situation. Il s’agit d’une bombe qui peut exploser à tout moment, les populations étant de plus en plus mécontentes face à la cherté de la vie.

Un spectacle désolant dans un pays pétrolier.

Ces dernières accusent Ali Bongo, qui se maintient au pouvoir par la force, de n’avoir rien fait pour protéger les consommateurs face à cette inflation. D’aucuns lui reprochent de concentrer tous ses efforts sur des divertissements inutiles. Pourtant, il avait promis de réduire la pauvreté et de partager le fruit de la croissance avec tous ses concitoyens. « Je ne serai heureux que lorsque tous les Gabonais seront heureux », avait-il dit, dans son cynisme habituel.

Les prix des produits de première nécessité et du carburant sont en constante augmentation. Or, les salaires n’augmentent pas dans le pays.
La grande majorité des Gabonais qui ont échappé à la misère l’ont fait en émigrant en France, aux Etats-Unis et au Canada. Un petit nombre d’entre eux restés au pays s’extirpent de la misère, grâce aux versements reçus depuis l’étranger.

La galère au Gabon serait sans aucun doute plus noire encore dans certaines familles sans les envois des proches installés à l’étranger. L’argent envoyé par la famille à l’étranger est dépensé pour subvenir aux besoins de base: nourriture, vêtements, logement et médicaments. Naturellement, la migration ne peut constituer la solution à elle seule pour tous les Gabonais.