Ma chère Anna,

J’AURAIS aimé te recevoir dans un restaurant pour discuter avec toi de vive voix autour d’un repas. Mais nos emplois du temps semblent très chargés en ce moment. Tu es absorbée par ton examen de permis de conduire et moi je ne termine le boulot que tard dans la soirée. A la fin de la journée, je ne traîne plus dehors pour des raisons de sécurité. « Si tu sais que quelqu’un cherche à te pousser, ne t’arrête pas devant un ravin », disait mon grand-père.

J’espère que d’ici-là, nous trouverons un temps pour nous retrouver au restaurant. Faute de nous rencontrer donc dans l’immédiat, je t’écris pour te parler d’un problème qui me tarabuste: ton avenir conjugal. A toi de voir si tu peux appliquer mes conseils ou non. Mon aïeul disait: « Les conseils sont comme des papillons; on retient certains, mais d’autres s’envolent. » Lorsque je t’ai appelée, avant-hier, j’ai senti que tu étais déprimée. Même si tu ne m’as pas expliqué l’origine de cette fatigue morale qui devient permanente chez toi, je présume qu’elle est due à la solitude que tu vis depuis que tu t’es séparée de ton compagnon Teddy.

Au lieu de continuer à souffrir in petto, tu avais décidé de rompre avec lui, tournant ainsi une page de ta vie. Si je ne t’ai pas contrariée c’est parce que j’estime que quand ça ne va pas dans un couple, il faut savoir se séparer sans heurts. « Le mariage est la seule condamnation à vie qui peut être suspendue pour mauvaise conduite », a dit Oscar Wilde. J’étais persuadé que tu avais mûrement réfléchi avant de te résoudre à ce schisme. Tout compte fait, la séparation est parfois la conséquence de la désillusion. « L’amour est aveugle mais le mariage lui rend la vue, » disait mon grand-père.

II y a neuf mois que tu t’es séparée de Teddy. Je crois qu’il est grand temps que tu te mettes à rebâtir ta vie avec un autre homme, digne de confiance. Mais tu préfères désormais vivre seule pour éviter de subir une nouvelle déconvenue. Tu te plantes, Anna. Une femme n’est pas faite pour vivre seule. Tu te dois de t’attacher à un homme avec lequel tu formeras une seule chair, comme le disent les Saintes Ecritures. J’ai appris qu’un certain Jeff est amoureux de toi et qu’il est prêt à te dédier tout son cœur. Mais il semble que tu es très méfiante vis-à-vis de lui parce que tu mets désormais tous les hommes dans le même sac. Mais c’est erreur de ta part, Anna !

Cesse d’avoir des idées préconçues sur tout le monde. Car, tu te compliques la tâche. C’est en s’ouvrant aux autres et en exposant ses vulnérabilités qu’on parvient à distinguer l’être digne de confiance. «Comme l’amour est aveugle, il est important de toucher, » disait encore mon aïeul. Jeff peut-être un bon mari pour toi. II est de la même génération que toi. Mieux, il est l’archétype des jeunes cadres qui ont une vision futuriste. Tu peux donc former un beau couple avec lui. De plus, il est très ouvert d’esprit. Je crois qu’il est le prototype d’homme qu’il te faut. II pourra te tirer vers le haut et non vers le bas.

Qu’est-ce qui t’empêche de tenter une nouvelle expérience ? Attention, Anna! Ne perds pas trop de temps à chercher l’être idéal, qui n’existe pas. Tu risques de manquer trop d’occasions qui deviendront rares demain. Mon grand-père disait : «Le ramasseur de noisettes qui compte sur le noisetier qui est un peu plus devant retourne bredouille au village.» De fait, les choix les plus importants doivent se faire avant le temps où l’expérience éclaire le jugement. Neuf mois ne t’ont-ils pas suffi à réfléchir à la direction à prendre? Même à l’époque de nos grands-parents, le mariage a toujours été une exigence de la nature. Une femme ne pouvait être respectée que lorsqu’elle était sous le toit d’un homme.

Mieux, le mariage était aussi une protection. Des sorciers ne pouvaient pas s’attaquer à une femme mariée de crainte des représailles de la part de son mari parce que celui-ci était son meilleur défenseur. Je crois que cela est encore valable de nos jours. « Qui s’en prend à la femelle de l’éléphant doit s’attendre à la colère du mâle,» disait mon aïeul, grand chasseur de son époque. Anna, toi tu as la chance de n’avoir encore aucun enfant. Mais pour un meilleur encadrement de ta future progéniture, tu te dois d’être dans un foyer. Parce que les enfants se savent aimés à travers l’amour que se portent leurs parents. Si tu les élèves seule, il y a de fortes chances qu’ils n’aient pas une éducation complète. De fait, l’apport du père y est très important.

Donc, je voudrais que tu réfléchisses mûrement à ta vie. Une femme est comme une fleur ; si elle fane pendant qu’elle est encore exposée dans un magasin, personne ne l’achètera. II vaut mieux qu’elle perde son éclat lorsqu’elle est déjà exposée dans un salon, Anna. Aujourd’hui, de nombreuses femmes âgées sont célibataires parce qu’elles ont laissé passer trop d’occasions. Quand elles étaient encore jeunes, elles entonnaient la même chanson pour justifier leurs mouvements pendulaires: ”Je n’ai pas encore rencontré l’homme de ma vie.” Pourtant, cela n’est jamais écrit sur les fronts.

Beaucoup de femmes qui ont manqué de se marier accusent aujourd’hui les sorciers d’être à l’origine de leur guigne. Pourtant, elles sont à l’origine de leur propre déchéance. Finalement, mon grand-père avait raison, lui qui disait : « Le mauvais danseur accuse son pantalon. » Ne suis pas les conseils illusoires que te prodiguent certaines de tes congénères. Même si une femme a un emploi décent pour se prendre en charge, elle aura toujours besoin d’un homme à ses côtés.

En rebâtissant un nouveau foyer, ne pense pas qu’il n’y aura que des jours heureux. Tu connaîtras des hauts et des bas. A toi de recevoir heurs et malheurs d’un seul front et de dissimuler tes peines derrière le masque de l’amour. Le pire ennemi dans ce domaine est la monotonie. II faut toujours lutter contre ce phénomène, qui peut mettre le couple en péril. C’est encore mon aïeul qui disait: « L’amour est comme la purée; les premières cuillerées sont trop chaudes, les dernières trop froides. »

Ne pense pas que tout est rose au sein des différents couples que tu rencontres dans la rue quand tu sors de chez toi. Loin de moi l’intention de te demander de supporter l’insupportable, je voudrais te faire comprendre qu’il est des femmes qui vivent des situations qui, au-delà des mots pour les exprimer, restent inimaginables. Mais ce n’est pas pour autant qu’elles mettent en péril leur foyer.

Quand une femme va en mariage, elle va avec un panier troué, qui ne se remplit jamais de mauvaises choses qu’elle peut subir dans le foyer. Si tu te mets à déménager avec armes et bagages à la moindre fâcherie, tu ne resteras jamais longtemps dans un foyer. Car, tous les hommes sont pareils à quelques différences près. « Pour faire un bon mariage, il faut que l’homme soit sourd, et la femme aveugle, » disait mon grand-père.

Jonas MOULENDA