Ma chère Manuela,

Cette lettre vient à ma place pour te dire, sans fioritures, ce que j’ai sur le cœur. J’aurais aimé te parler de vive voix mais  la distance qui nous sépare ne me laisse pas d’autre choix.  Quand je viendrai là-bas à Yaoundé, je te rendrai visite pour que nous puissions discuter en toute franchise. De toute façon, je n’ai aucun intérêt à être complaisante vis-à-vis de toi. « La plaie qu’on cache ne guérit pas », disait mon grand-père.

J’ai appris que tu viens de plaquer ton mari Alex parce qu’il a perdu son emploi. C’est ainsi que tu as quitté, avec armes et bagages, le foyer conjugal pour aller louer un studio à Etoua Meki où tu vivrais désormais. Tu aurais profité d’une banale dispute. Finalement, mon grand-père n’avait pas tort, lui qui disait: « Si tu fais du bien à une femme, elle met dans un sac déchiré. Si tu lui fais du mal, elle le met dans le bon sac.» Manuela, la raison que tu as avancée n’est qu’un prétexte. En réalité, tu as quitté ton mari parce qu’il a n’a plus d’argent. Pourtant, c’est lui qui a fait de toi ce que tu es aujourd’hui. En agissant de la sorte, tu as fait preuve d’ingratitude.

Aujourd’hui, tout le monde en vient à conclure que tu ne l’as jamais aimé. Tout compte fait, tu n’étais avec lui que par intérêt. Comme tu es partie de chez lui, tu lui trouves désormais tous les défauts du monde. Mais ce ne sont que des prétextes ! On vous connaît, vous les femmes ! Quand l’homme a l’argent plein les poches, vous leur donnez tous les beaux et tendres petits noms: mon chéri, mon chou, mon bébé, mon amour, ma raison de vivre, mon poussin, mon rêve, ma puce, mon prince charmant, etc. Mais quand il a le gousset vide ou perd son emploi, vous lui donnez tous les noms d’oiseau. Mais vous êtes graves, vous les femmes !

Pourquoi êtes-vous ainsi ? J’ai beau réfléchir à l’idiosyncrasie de la gent féminine mais je n’y vois que dalle. Comment une femme qui a passé de beaux jours avec un homme peut-elle le quitter, du jour au lendemain, parce que ce dernier a perdu son emploi ? Quel est ce mercantilisme qui te fait oublier les valeurs de fidélité et du respect de la parole donnée ? Manuela, j’avoue ne pas te comprendre. Tu dis à qui veut l’entendre que tu as trop supporté Alex avec ses défauts. C’est un faux problème ! En réalité, tu ne veux plus de lui parce qu’il est au chômage. D’ailleurs, mon grand-père disait: «Quand le chat n’a pas faim, il dit que le derrière de la souris pue.»

Si toutes les femmes se mettaient à plaquer leurs maris lorsque ceux-ci perdent leur emploi, combien de foyers resterait-il dans notre pays ? Ce qui est arrivé à Alex fait partie des vicissitudes de la vie, Manuela. Tôt ou tard, il trouvera un autre emploi, peut-être plus décent que celui qu’il a perdu. Avec quels yeux le regarderais-tu à partir de ce moment ? Dans la vie, il faut savoir être patiente. « Celui qui attend longtemps au puits finit par trouver un seau à puiser,» disait encore mon aïeul. A peine a-t-il perdu son emploi que des différences inconciliables sont apparues entre vous. C’est trop facile !

Pourtant, tu as un emploi décent. Ne pouvais-tu subvenir aux besoins du foyer en attendant que ton mari trouve un autre boulot ? C’est ça aussi la vie en couple. Une femme est l’alter ego de son mari. De ce fait, elle doit l’épauler quand il est dans la dèche noire. Elle ne doit donc pas prendre le large, comme tu l’as fait. Personnellement, je connais un pays de l’Afrique de l’Ouest où ce sont les femmes qui travaillent plus pour les besoins du foyer. Ne me demande pas de citer ce pays de crainte de subir les fougues de ses ressortissants. J’ai déjà trop de problèmes comme ça.

Ce qui me choque dans cette affaire c’est que tu oublies même que vous avez un enfant qui se doit d’être élevé dans le cadre d’une union matrimoniale. A ce qu’il semble, ce sont tes amies qui t’ont conseillé d’agir de la sorte. Elles t’ont induite en erreur, Pamela. Tôt ou tard, tu auras honte de toi. « Quand la plaie est guérie, les mouches meurent de honte,» aimait à dire mon papy. Alex n’est pas un taré de ciboulot. Il a des références. Il finira donc par trouver un autre emploi. C’est une autre femme qui viendra en récolter les dividendes alors qu’elle n’était pas là quand il ne mangeait pas à sa faim. Et, ce sera bien dommage pour toi.

Tu loues maintenant un studio. Pourquoi n’as-tu pas consacré l’argent du loyer pour répondre aux besoins du foyer en attendant que votre couple retrouve son équilibre financier ? Ton choix est un expédient. Tu n’aurais pas dû faire cela. C’est encore et toujours mon grand-père qui disait: «II est inutile pour le caïman de fuir la pluie pour aller se réfugier dans le marigot.» Personnellement, je te conseille de revoir ta décision.

Retourne dans ton foyer, Manuela. En cette période, Alex a vraiment besoin d’un soutien multiforme de ta part. Si tu lui demandes pardon, il t’accueillera à nouveau dans sa maison puisqu’il t’aime encore. En louant un studio seule, tu deviens une femme vulnérable, à la merci de tous les  »rapaces » auxquels tu résistais quand tu étais encore sous le toit de ton mari. Ne prends pas des risques suicidaires. Les conseils illusoires de tes amies ne portent préjudice qu’à toi et non à elles qui te les prodiguent. « Le vin de maïs ne nuit pas à celui qui le prépare mais à celui qui le boit », disait mon aïeul.

Jonas MOULENDA