La situation sociale est catastrophique, bien loin des images que la télévision nationale et d’autres médias à la solde du pouvoir diffusent souvent. Libreville ploie sous le poids de la pauvreté, comme le reste du pays. Les bidonvilles dominent le champ de vision. Des maisons en bois, agglutinées sur des rues sans pavage. Sans emploi, la population n’a d’autre option que de s’adonner à la mendicité  et à la criminalité. Carte postale d’un pays à l’agonie.

Jonas MOULENDA

On aurait applaudi à se rompre les phalanges si malgré tout, le Gabon respirait à pleins poumons, après le hold-up militaro électoral perpétré par Ali Bongo en 2016. Malheureusement, le pays se meurt, s’effondre en même temps que le régime en place depuis cinquante ans. Chaque jour, les choses semblent aller de charybde à Libreville et dans les autres villes où les populations manquent désormais du minimum vital.

Le dictateur valétudinaire et ses acolytes sont incapables de garantir le fonctionnement de l’État gabonais. Tout d’abord, il leur manque la légitimité. Le despote adopte la stratégie de l’éloignement élégant : il n’exécute rien, n’opine à propos de rien et préfère le confort de salles des avions chèrement acquis avec l’argent du contribuable au luxe du palais présidentiel du Bord de mer.

Même l’image de Libreville se détériore davantage. 

Grande est d’ailleurs sa distance par rapport à la population du Gabon. Il ne connaît pas le pays, ne sait pas quels sont les besoins du peuple qu’il prétend gouverner. Les politiques de base du Gabon, responsabilités du gouvernement, sont décidées par les organismes internationaux. La Banque mondiale et l’Organisation des nations unies (Onu) développent des stratégies à court et moyen terme, investissent des millions de dollars dans des projets qu’ils considèrent importants, mais l’argent est souvent détourné par la mafia du pouvoir.

L’incompétence et le mensonge sont devenus un mode de gouvernance sous Ali Bongo

L’illusion, l’incompétence et le mensonge permanent deviennent un mode de gouvernance  au Gabon depuis qu’Ali Bongo a accédé accidentellement aux manettes de l’Etat. La situation du pays est désormais fondamentalement mauvaise, plus qu’on ne le croit généralement. Aujourd’hui, le pays est en totale dérive. Le FMI vient d’ailleurs de faire connaître que les prévisions du gouvernement sont fausses. Tous les projets officiels, beaucoup trop optimistes, sont à revoir. En réalité, à la croissance disparue, succédera la récession.

Le régime despotique d’Ali Bongo organise ipso facto l’exil massif de son capital humain et de son patrimoine productif. Sa cleptomanie se révèle ruineuse pour l’économie et les finances publiques. Elle entraîne donc le départ de dizaines de milliers de contribuables fortunés. Ceux qui le peuvent vont se réfugier à l’étranger, non seulement des entrepreneurs, mais aussi beaucoup de jeunes diplômés. 

Victimes d’une instabilité politique chronique, de la misère économique et de l’oppression, les habitants de Libreville et d’autres villes du pays sont de plus en plus frappés par des inondations sans précédent. La déforestation du pays est directement mise en cause. La coupe incontrôlée et systématique des arbres par le gouvernement depuis des décennies et les ouvrages d’art inachevés ou bâclés favorisent considérablement l’écoulement des eaux lors des intempéries.

Le train de vie des Gabonais se dégrade de jour en jour

Toute une série de facteurs font désormais du Gabon une proie facile pour des malheurs divers. Son extrême vulnérabilité face à ces événements résulte de niveaux de pauvreté élevés, d’une infrastructure inadaptée, d’un environnement dégradé et d’un gouvernement incompétent et illégitime. Ces derniers mois, la misère croît de manière exponentielle. Le taux de chômage dépasse désormais le pic de 30% chez les jeunes. Plus de 32% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

 

Les Gabonais vivent plus mal aujourd’hui qu’hier.

De nombreux ménages éprouvent davantage des difficultés à se nourrir. Pourtant, il s’agit d’un besoin physiologique fondamental dont l’être humain ne peut se passer pour son bien-être physique. Une obligation purement biologique qui devient une charge sociale énorme pour certaines gens.  A Libreville, comme dans l’arrière-pays, se nourrir représente désormais pour de nombreuses personnes, un véritable casse-tête. Un problème chronique.

Le manque ou l’absence de pouvoir d’achat, les sans-emplois, le chômage et la situation socio-économique difficile du pays, sont entre autres, des facteurs qui favorisent cette pratique où des Gabonais s’accommodent à manger n’importe où, n’importe comment et à n’importe quel moment. Une situation qui entraine du spleen nombre d’entre eux. D’où les cas de suicide qu’on constate ces derniers temps à travers le pays.