Depuis qu’Ali Bongo a été foudroyé par un accident vasculaire cérébral, le 18 octobre 2018 à Riyad, en Arabie Saoudite, le pays est dirigé par son épouse, devenue ipso facto la régente du Gabon. Réfractaire à la vacance du pouvoir réclamée à  cor et à cri par l’opposition et la société civile,  elle se sert du despote valétudinaire comme d’une mascotte. Un entêtement qui pourrait coûter cher au pays.

Jonas MOULENDA 

AU lieu d’exhorter son époux de se retirer du pouvoir pour se consacrer à sa santé chancelante, Sylvia Bongo s’emploie plutôt à le maintenir comme un faire-valoir pour tous ses tours de passe-passe financiers et politiques. Malgré de nombreux appels à un sursaut de patriotisme,  l’épouse du despote gabonais n’infléchit pas sur sa position.

Au contraire, elle bombe le torse devant ceux qui osent la défier ou la contrarier. Ainsi,  des opposants sont pourchassés et enlevés, les journalistes sont menacés de mort, des activistes sont brutalisés et jetés en prison. Les députés et les sénateurs qui ont voté contre la dépénalisation de l’homosexualité sont désormais dans son collimateur.  De fait, la vie politique gabonaise est de plus en plus marquée par l’arbitraire.

Après avoir catapulté son fils Nourredin Bongo, 28ans, au poste de coordonnateur  général des Affaires presidentielles, une sorte de vice-président bis, Sylvia Bongo a mis en place une dictature féroce, broyeuse de vies et de destins. Du coup, une ambiance délétère règne à travers tout le pays.

Par la volonté d’une femme, se rêvant en régente absolue, violant à sa convenance la Constitution, le Gabon est aujourd’hui au bord de l’implosion.  Sylvia Bongo veut à tout prix placer son fils Nourredin à la tête du pays. Quitte à ce que la terre du Gabon perde sa verdure et devienne rouge-sang !

Sylvia Bongo jure que c'est son qui succédera à son époux.

Sylvia Bongo veut, à tout prix, imposer son fils à la tête du Gabon.

Dans ce schéma funambulesque, elle surarmé les forces de sécurité et de défense ainsi que des milices recrutées au Rwanda. Au demeurant, son entêtement est de nature à faire voler en éclats la paix que le pouvoir a toujours brandie au bout du canon. Son obstination n’aide papréserver cet acquis qui faisait pâlir de jalousie d’autres pays du continent africain.

La confiscation du pouvoir par l’épouse du tyran constitue non seulement une agression de la démocratie mais une provocation. Elle sape les fondements de la paix et ouvre une période d’incertitude pour le Gabon, jadis fleuron de l’empire africain.

 Les Gabonais se retrouvent aujourd’hui devant une situation potentiellement explosive aux conséquences imprévisibles. Des mouvements de contestation germent partout à travers le pays. Même dans des villes réputées comme des bastions du Parti démocratique (PDG), au pouvoir. Manifestement, il s’agit d’une lame de fond traduisant des aspirations démocratiques propres à bousculer le régime autocratique.

Les Gabonais ont hâte de se débarrasser du régime Bongo.

Aujourd’hui, Sylvia Bongo et ses valets – parmi lesquels Brice Oligui Nguema qu’elle a fait nommer commandant en chef de la Garde républicaine (GR) – se croient tout permis: molester le peuple, arrêter les opposants, torturer les activistes et faire taire les journalistes. Le Gabon voit ainsi surgir en grande pompe sur la scène de son histoire politique une régente avec des délires de grandeur sans bornes. Mais ce que l’épouse d’Ali Bongo ignore, c’est qu’elle est est en train de réunir tous les ingrédients d’un cocktail explosif et de la chute de tout le régime.

Cette femme présentée, à tort ou à raison, comme un sans-coeur, mime à la perfection, Grace Mugabe, l’épouse de l’ex-dictateur zimbabwéen. Comme si elle n’avait pas retenu la leçon donnée à toute l’Afrique par les militaires excédés par les velléités politiques démesurées de l’épouse de leur chef suprême, Sylvia Bongo reproduit le schéma zimbabwéen au Gabon.