L’espoir d’un changement au Gabon s’est amenuisé au fil du temps. La jeunesse désabusée qui a payé un lourd tribut au soir de l’élection présidentielle du 27 août 2016 a perdu cet élan, cette flamme d’arracher dignité, liberté, justice et démocratie. Les leaders de l’opposition  n’ont pas su raviver la flamme de l’espoir.

Jonas MOULENDA 

DEPUIS deux ans, les cercles de courtisans qui tiennent lieu d’états majors politiques ne dansent plus la gigue. Les opposants gabonais semblent avoir abdiqué. « C’est silence radio ! C’est dommage. Ceux qui sont censés animer le jeu démocratique dorment », se désole un analyste politique.

   Depuis plusieurs décennies que dure le combat pour la libération du Gabon, force est de constater que les Gabonais sont pris en otage de part et d’autre. D’abord par un pouvoir despotique qui se maintient par la force des armes et des lobbyings puissants disséminés à travers le monde et par une politique de terreur contraignant ainsi tout un peuple à regarder dans la même direction et à réfléchir de la même façon.

Le régime des Bongo s’appuie sur l’idéologie rétrograde de la pensée unique. Or, pour faire avancer un pays, il faut suivre l’évolution du temps. D’autre part, le peuple gabonais reste aussi un otage d’une opposition incarnée par des individus qui se croient choisis par des dieux ou les mannes des ancêtres à lutter au nom de tout un peuple. Comme le pouvoir, cette opposition à son mode opératoire. Celui-ci s’est révélé improductif et suicidaire.

Jean Ping a lésiné sur les moyens de récupérer le pouvoir que lui avaient confié le peuple gabonais lors de l’élection présidentielle de 2016.

Le peuple gabonais a subi à travers des individus qui croient qu’ils sont fondés pour décider du cours de l’histoire et du destin d’un peuple qui pourtant a formulé son vœu de façon claire, l’alternance politique. Au lieu de consacrer leur énergie morale au brainstorming nécessaire à la libération du pays, Jean Ping et  ce qui reste de l’opposition passent leur temps à se combattre, tels des coqs dans la bassecour. Ils se trahissent, se   médisent, se piègent et tout ce ceci au nom d’une lutte.

Pis, au nom d’un peuple qui ne semble pourtant représenter aucun intérêt fondamental. Il est temps d’analyser minutieusement et objectivement les actes de travers et à l’envers d’une opposition qui dit s’opposer à une dictature dans le but d’offrir l’alternance à un peuple qui ne cesse de payer un lourd tribut. L’opposition ne parviendra pas à faire tomber le dictateur d’Ali Bongo en agissant avec une telle légèreté.

Elle manque d’un véritable leadership éclairé. Elle a vraiment besoin  d’hommes et des femmes qui ont du tempérament, de la vision et un programme. Elle a besoin des leaders qui peuvent anticiper sur les évènements, qui proposent, qui innovent, qui sont pragmatiques et qui ont par-dessus tout l’amour de la patrie. Pour le moment, les opposants gabonais ne sont qu’un conglomérat de personnes qui jouent au jeu de dame, où chacun essaie de pousser le pion dans le sens qui avantage sa petite personne.

Le peuple est abandonné à lui-même. 

Malheureusement, c’est le peuple qui paie un lourd tribut de leurs querelles de clocher et de leadership. Au finish à défaut d’être président de la République – une quête que  l’opposition gabonaise n’a jamais menée avec sérieux et sincérité, à en juger par ses modes d’intervention – les leaders politiques se  contentent de se prélasser dans leur fauteuil de président de parti ou encore de secrétaires généraux. Des titres bien ronflants mais vides de sens et de contenu car l’opposition manque de profondeur, de contenu, d’idéologie, de programme ainsi que de toutes valeurs fondatrices, des luttes et des valeurs politiques qui ont pour objectif l’intérêt général.

Malgré tous les échecs du régime Bongo depuis plus de cinquante ans, la probabilité qu’un changement se produise dans un avenir très proche reste incertaine. Ne pas le reconnaitre c’est faire preuve d’une myopie politique. Le peuple gabonais doit-il renoncer à la politique en oubliant les partis politiques de l’opposition pour leur inconsistance et incohérence ? Ou c’est plutôt l’opposition qui doit avoir le courage de renoncer à la politique et présenter des excuses au peuple pour n’avoir pas pu tenir les promesses d’un changement certain ? Il est temps d’inventer une autre façon de faire la politique. Celle basée sur de petits calculs d’épiciers est toujours source d’autoflagellation.

Au Burkina-Faso, au Mali, en Guinée-Conaky, au Soudan, en Tunisie et en Algérie, des mouvements des peuples ont donné l’occasion d’y assister à des changements de régimes. Un véritable leadership y a été vu autant au sein de la jeunesse, de la classe intellectuelle que de la classe politique.

L’Afrique du sud, par exemple, est passée d’un régime brutal basé sur la ségrégation raciale à un régime démocratique parce que les citoyens de cette nation ont fait preuve de courage et ont été menés par un chef, Nelson Mandela. Ce dernier avait un rêve. Son leitmotiv était l’égalité pour tous les fils et toutes les filles de l’Afrique du sud. Il ne menait pas le combat pour avoir un poste.