La justice gabonaise est devenue le gourdin dont se sert, à sa guise, la mafia du pouvoir pour régler ses comptes politiques et instaurer un pouvoir sans partage, par un règne d’une main de fer. C’est ainsi qu’elle invente de faux complots pour décapiter l’élite et instaurer la médiocrité.

Jonas MOULENDA 

Depuis le début des ennuis de santé d’Ali Bongo, la mafia du pouvoir manœuvre pour vider la classe politique de sa substance. Il se sert des magistrats, transformés en véritables prébendiers. Ils suivent une direction, celle de la justice des vainqueurs pour conduire une guerre sans merci aux adversaires politiques du tyran ou des compagnons politiques du despote valétudinaire.

De fait, les cibles du pouvoir ne bénéficient pas toujours de la présomption d’innocence. Elles sont souvent certifiées coupables, faisant l’objet d’une chasse à l’homme et d’une instruction à charge. En pleine crise financière provoquée par sa gabegie, la mafia du pouvoir cherche des boucs émissaires pour tenter de se disculper.

La justice cornaquée exécute les décisions politiques, loin du droit. Avec des peines distribuées à la tête du client.

Dans cette logique, les sanctions pleuvent sans aucune manifestation de la vérité, c’est-à-dire selon d’intimes préjugés et sans le droit. Les procès s’achèvent donc par la colère des avocats de la Défense, la frustration mais aussi par l’incompréhension de l’application à géométrie variable des verdicts. « Toutes les décisions sont souvent prises à la présidence de la République. Le procureur de la République et le juge d’instruction ne reçoivent que des directives », se désole un magistrat.

Le palais de justice, théâtre des règlements de compte politiques.

Dans ce méli-mélo juridique, certains restent détenus sans jugement depuis plus d’un an déjà. C’est le cas de Bertrand Zibi, Magloire Gambia, Etienne-Dieudonné Ngoubou, Pascal Oyougou, Frédéric Massavala Maboumba,  et tutti quanti. Les dernières décisions prises par la justice, à travers le procureur de Libreville, Ollyvier N’zahou au sujet de la disparition des centenairs du kevazingo, montrent que le règlement de compte politique est partie prenante de cette mise en scène juridique.

Le magistrat,  téléguidé par Brice Laccruche Alihanga, directeur de cabinet d’Ali Bongo, visait le ministre des Eaux et Forêts, Guy-Bertrand Mapangou, présenté comme un empêcheur de tourner en rond. C’est ainsi que ses plus proches collaborateurs ont été interpellés et conduits à la cravache à la contre-ingérence pour y subir un interrogatoire musclé ayant duré dix heures d’horloge.

L’utopie d’une justice vertueuse a laissé place à une justice instrumentalisée par la mafia du pouvoir. Il se caractérise, d’une part par l’impunité totale dont jouissent les vrais détourneurs des fonds publics très proches du tyran et, d’autre part par l’oppression des faibles à travers le parquet de Libreville, devenu le gourdin de l’association des jeunes volontaires (Ajev), dirigée par Brice Laccruche Alihanga.

En tant que chef d’orchestre, ce dernier donne le tempo ; tous les musiciens se mettent au diapason et les funestes accords sont joués avec, méthode, application, volupté et surtout zèle. L’opéra funeste est ainsi présenté à l’opinion nationale et internationale. Les notes sont jouées avec une diabolique précision. Les accords sont parfaits.
Après plusieurs jours passés à répéter, le spectacle judiciaire, fin prêt, est présenté avec perfection. Tout le gratin de la persécution et de la répression participe à la réalisation de l’opéra macabre. Du juge d’instruction au procureur de la République, en passant par l’huissier de justice ou l’avocat. Des personnages sulfureux  s’arrogent le titre de maîtres de cœur de l’orchestre judiciaire.

Brice Laccruche Alihanga est soupçonné d’instrumentaliser le procureur de Libreville 

C’est le directeur de cabinet d’Ali Bongo et ses acolytes de l’AJEV qui choisissent souvent les cibles et définissent le plan d’arrestation que les lampistes appliquent dans toute sa laideur. C’est ce qui s’est passé avec Gaël Koumba, alias Général du Mapane, un proche du despote. En rupture de ban avec la mafia cleptomane, il fut accusé injustement de détention de port d’arme à feu, avant d’être envoyé au mitard. Il n’a recouvré la liberté que le mois dernier.

Gaël Koumba a fait les frais d’une justice aux ordres de la mafia.

D’après les bruits de botte du palais présidentiel,  c’est Brice Laccruche Alihangaqui conceptualise d’abord le projet funambulesque. Sa cour dirigée par le Premier ministre Julien Nkoghe Bekale ne fait que coordonner et harmoniser l’action. La milice tribale et la gestapo exécutent servilement. Les idéologues justifient l’horreur. Les alliés politiques internes soutiennent.

Exactions, arrestations, tortures, déportations, emprisonnements, pillages, destructions de biens publics et privés, mandats d’arrêt, gels des avoirs : la justice des vainqueurs illumine le ciel gabonais. Les quartiers de Libreville sont divisés en satrapies gérées par les légats du puissant directeur de cabinet du raïs. La gestapo, composée de la police, de la gendarmerie et de l’armée, arpentent les rues à la recherche de tous les empêcheurs de tourner en rond.