Depuis le déclenchement du kevazingogate, le Premier ministre d’Ali Bongo est subito devenu un Donquichotte. Pourtant, il traine de vieilles casseroles très bruyantes dont l’affaire de 20 milliards détournés lorsqu’il était ministre des Mines et du Pétrole, entre 2009 et 2011. A ses leçons de morale à deux balles, d’aucuns lui opposent ce scandale financier qui rejaillit comme une crotte à la surface des eaux du Komo.

Jonas MOULENDA

L’ETHIQUE voudrait que celui qui dirige le gouvernement soit moralement et politiquement irréprochable. Il ne peut pas prôner la vertu d’un côté et pratiquer le vice de l’autre côté ! Pourtant, c’est l’exercice dolosif et cynique auquel se livre Julien Nkogne Bekale depuis le déclenchement du scandale du Kevazingo, il y a deux semaines déjà.

Il a implicitement demandé aux ministres des Eaux et Forêts,  Guy-Bertrand Mapangou,  et celui de l’Économie,  Jean-Marie Ogandaga, de démissionner. Or, la responsabilité de ces deux membres du gouvernement n’est pas établie dans ce scandale aux allures d’un contre-feu. En effet, les faits ont été commis sous le règne de leurs prédécesseurs. D’aucuns ne comprennent pas qu’on demande à deux ministres de démissionner pour des faits antérieurs à leur gestion.

Guy-Bertrand Mapangou s’est disculpé et a demandé à la Justice d’attraper les vrais coupables.

Dans un communiqué rendu public dimanche soir, Guy-Bertrand Mapangou s’est disculpé, demandant à la justice de rattraper les vrais auteurs de cette mafia. De son côté, Jean-Marie Ogandaga se considère comme un pauvre chêne qu’on veut abattre pour le bûcher d’Hercule. Les instigateurs de cette cabale visent des desseins inavoués, conclut-on dans certains salons feutrés à Libreville. “La personne qui doit démissionner c’est plutôt le Premier ministre Julien Nkoghe Bekale. Il est est empêtré dans un grand scandale financier,” estime un haut fonctionnaire du ministère du Pétrole.

Jean-Marie Ogandaga, l’autre victime collatérale du Kevazingogate, ne comprend plus les choses de son corps.

Le député du Nkomo Mondah, un département de la province de l’Estuaire (nord-ouest), catapulté Premier ministre d’Ali Bongo le 12 janvier dernier, n’est pas un modèle de probité morale et d’orthodoxie financière, loin s’en faut. Selon la Cour des Comptes et la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI), il auait détourné plus de 20 milliards de F CFA lorsqu’il était ministre des Mines et du Pétrole entre 2009 et 2011. Cet orfèvre de la loge maçonnique avait été dans sa basse besogne par son comparse Alilat Antsélévé Oyima, auteur d’un détournement de 90 millions.

L’argent volé par Nkgohe Bekale avait transité par BGFIBank

Ce magot lui avait permis d’acquérir un véhicule de marque Toyota de type Land Cruiser VX, immatriculé 2253 G1 Z et un autre similaire, immatriculé 1690 G 1 Z offert à Nkoghé Békalé. Pis, confie un magistrat de la Cour des Comptes, il s’était fait complice du détournement de fonds publics d’environ 20 milliards de francs CFA, avec BGFIBank, au profit Julien Nkoghé Békalé.

Nkoghe Bekale a volé plus de 20 milliards de FCFA. (Photo: archives)

Pour réussir ses manœuvres mafieuses, a rappelé une autre source, l’actuel Premier ministre d’Ali Bongo et son acolyte Alilat Antsélévé Oyima avaient créé au sein de la Direction générale des Hydrocarbures une cellule spéciale destinée à les assister dans la gestion des fonds de soutien aux Hydrocarbures. Une cellule non prévue dans l’organigramme du ministère mais, surtout, une manière de déplacer la table à manger loin des regards indiscrets.

Dans ce schéma, a-t-on appris, les deux mafiosos présumés avaient décidé d’ouvrir un compte à la BGFIBank. Cet établissement bancaire avait exigé que le Premier ministre de l’époque, Pierre Biyoghe Mba établisse un document autorisant l’ouverture d’un compte au nom du ministère du Pétrole. Ce qui fut fait par le chef du Gouvernement, persuadé par son poulain Nkoghé Békalé.

La Cour des comptes avait alors relevé des irrégularités dans la gestion des fonds publics au sein de l’administration jadis dirigée par Julien Nkoghe Bekale. Dans son rapport de synthèse 2018, elle avait d’ailleurs épinglé notamment l’utilisation de l’argent issu des bonus pétroliers, que le ministre avait, à l’époque, transformé en fonds politiques au bénéfice de la présidence de la République, pour régler les questions de sécurité intérieure et extérieure.

Julien Nkoghe Bekalé s’était drapé du décret n°00518/PR du 06 août 2002, autorisant l’affectation de 5% des recettes minières et des produits pétroliers à la présidence de la République. Il avait déposé cet argent dans un compte à BGFIbank plutôt qu’au Trésor public comme l’impose le règlement.

Le Premier ministre d’Ali Bongo doit démissionner pour la crédibilité du Gabon auprès des institutions financières internationales

Dans les pays sérieux, dirigés par des gens sérieux, Julien Nkoghe Bekalé devrait démissionner. Le Gabon mérite-t-il un voleur comme Premier ministre ? Nul doute que cette crotte rejaillit sur l’ensemble du gouvernement au moment où les institutions financières internationales exigent du Gabon l’orthodoxie financière. Un Premier ministre voleur peut-il demander à ses collaborateurs supposés indélicats de démissionner ? Montre-t-on les fautes d’autrui avec un doigt sale ?

Au demeurant, Julien Nkoghe Bekale ne saurait continuer à se la couler douce sans fournir la moindre explication à la justice gabonaise. Le parquet de Libreville, aux ordres de Brice Laccruche Alihanga, directeur de cabinet d’Ali Bongo, se doit d’ouvrir une information judiciaire contre lui et de l’inculper pour association des malfaiteurs et détournement des fonds. La fameuse opération Mamba, initiée par le dictateur Ali Bongo, ne serait crédible que si ces venins atteignent même ses compagnons politiques.