Véhicules de transport du personnel ďéliquescents, manque d’équipements de protection, salaires modiques, violation du code du travail, etc.  La firme singapourienne traite ses employés comme du bétail. La situation ne s’améliore pas, nonobstant les récriminations qui fusent de tous les sites où la société opère.

Jonas MOULENDA

LES  conditions de travail à Olam sont déplorables pour les milliers de personnes qui se partagent la malédiction d’être employées par cette firme singapourienne.  De fait, les responsables de celle-ci, soutenus par les hautes autorités du pays,  ne respectent ni la législation du travail en vigueur en République gabonaise ni la dignité humaine.

Selon des témoignages concordants, les responsables d’Olam feraient fi des dispositions sécuritaires élémentaires. Ainsi, des employés manient, sans gants ni masques, des produits chimiques nocifs utilisés dans les palmeraies.

S’agissant des moyens de locomotion,  la situation n’est guère reluisante. C’est entassés dans de vieux camions, tels des bœufs,  que les employés se déplacent de leurs résidences vers les chantiers. Ces guimbardes pétadarantes présenteraient souvent de graves défaillances mécaniques. Leur système de freinage serait défaillant.

Comme si ces difficultés ne suffisaient pas, le fardeau quotidien des employés d’Olam est alourdi par des accidents mortels divers. Lundi dernier, six d’entre eux, ont péri dans une collision entre leur camion de transport du personnel et un transporteur de grumes près de Mouila, le chef-lieu de la province de la Ngounié (sud.)

L’accident qui a fait six morts lundi près de Mouila.

Livrés à eux-mêmes,  les blessés ont été transportés au Centre hospitalier régional de la localité pour recevoir des soins intensifs. Comme à lors de précédents accidents,  leur employeur ne leur aurait pas apporté une assistance financière. Ce sont plutôt des proches des accidentés qui se sont saignés jusqu’aux veines pour payer, rubis sur ongle, leurs soins médicaux. 

Les accidentés sont souvent livrés à eux-mêmes 

Depuis l’implantation d’Olam au Gabon, il y a une décennie, plusieurs centaines de jeunes travailleurs ont été victimes d’accidents de travail. Soit ils ont subi des dégats corporels à bord de leurs  véhicules de transport,  soit une branche de palmier leur est tombée sur la tête. Tous n’ont dû leur survie que grâce à leurs collègues, qui les ont immédiatement transportés dans des unités sanitaires pour recevoir des soins.

Ils n’ont pas bénéficié d’une assistance financière de l’entreprise, alors les accidents s’étaient produits pendant qu’ils étaient en exercice de leur activité. Une attitude qui laisse planer le doute  sur la destination des fonds retirés à chaque travailleur pour la couverture de l’assurance maladie initiée depuis plusieurs années  par les responsables de là société. « On prélève dans nos salaires un montant de 9000F pour une assurance maladie dont on a jamais vu les médicament. Ce prélèvement est tout simplement une arnaque organisée, »  dénonce un employéde’Olam.

Une grande partie du personnel de cette société industrielle est livrée aux taches les plus laborieuses dont l’élagage des palmiers. Les ouvriers dénoncent un manque de salaire de base et de primes. Ils disent être payés en monnaie de singe. Leur rémunération mensuelle reste largement en deçà du travail fourni et des risques auxquels ils sont exposés au quotidien.  

Pointés au prix de 200F l’élagage et l’alignement de chaque palmier, ils se trouvent dans l’incapacité de joindre les deux bouts, les salaires mensuels variant entre 25 000 et 60 000F. A toutes ces conditions s’ajoutent les  mauvaises conditions d’hébergement. Selon des témoignages concordants, d’aucuns y travaillent depuis plusieurs années, mais ne sont pas embauchés.

Plusieurs d’entre eux viennent des quatre coins du pays. « Ici, nous sommes contraints  à travailler comme des esclaves. Quand on passe les entretiens, on nous fait savoir qu’on aura une prime de risque et un salaire de base, mais rien de tout cela n’est vrai. Nous sommes payés minablement. On n’arrive même pas à se nourrir ou à se soigner », conclut un travailleur.

Olam fait partie des sociétés utilisées par le clan Bongo pour siphonner les finances publiques. Le vrai gérant de cette holding est Nourredin Bongo, le fils aîné du dictateur Ali Bongo. Tous les cas de maltraitance du personnel sont portés à la connaissance de la famille régnante mais elle s’en tamponne le coquillard. 

A la suite d’une récente grève, Nourredin Bongo avait mis à contribution les forces de sécurité et de défense pour aller mater les grévistes. Pourtant, ceux-ci ne réclamaient que l’amélioration de leurs conditions de travail et une revalorisation de leurs salaires jugés très modiques.  Planqués au sol  tels des esclaves,  ils avaient été châtiés pour avoir réclamé, à hue et à dia, leurs droits. 

Les responsables d’Olam sont encouragés dans leurs pratiques esclavagistes par Ali Bongo et sa famille.