Les fonctionnaires en service dans les ambassades et consulats du Gabon sont le nouveau visage de la précarité. Ils accusent déjà plusieurs mois d’arriérés de loyer et des frais de scolarité de leur progéniture. Les mois passent et le problème se révèle particulièrement grave dans les quarante-cinq missions diplomatiques que compte le pays à travers le monde.

Jonas MOULENDA 

Les diplomates gabonais, qui chantaient les louanges d’Ali Bongo après son arrivée accidentelle à la tête de l’Etat, commencent à dire tout le mal qu’ils en pensent désormais au fond d’eux. Après avoir joui de tous les avantages que leur confère leur statut, les serviteurs de quarante-cinq missions diplomatiques que compte le Gabon à travers le monde entier tirent le diable par la queue depuis 2016.

Ils scolarisaient leurs enfants de meilleures écoles des pays où ils sont affectés, avaient des titres de voyages et des primes de logement. Mais tous ses avantages leur ont été coupés par le régime d’Ali Bongo, au nom d’une prétendue austérité qui ne concerne pas les agents de la présidence de la République. « Nous souffrons depuis plusieurs mois. Nos enfants ne vont plus à l’école. Nous ne payons pas nos loyers et nous sommes menacés d’expulsion par nos bailleurs », se plaint un diplomate en poste à Génève, en Suisse.

Et de renchérir. Nous avons maintes fois écrit à notre hiérarchie mais elle nous a répondu de prendre notre mal en patience. « La première fois que nous avons écrit à notre département ministériel, on nous a répondu d’attendre après l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations. Quand nous avons fait une relance, on nous a répondu qu’il fallait attendre après la Tropicale Amissa Bongo. Dernièrement, nous avons remis le dossier sur le tapis mais on nous a demandé d’attendre la fin du dialogue politique. Après ça, on nous trouvera un autre prétexte. »

Le chef de la diplomatie gabonaise, Régis Immongault, n’a toujours pas trouvé une solution au problème de ses collaborateurs.

Le malaise est durement ressenti en Suisse, en France, aux États-Unis, au Canada et en Italie. Dans ces pays, a dénoncé une source autorisée, les chefs des missions diplomatiques réservent un traitement de faveur aux membres du clan du pouvoir. ” Ils ne paient que les ressortissants du Haut-Ogooué ou des défenseurs patentés du régime en place. Ils répondent aux autres agents qu’il n’y a pas d’argent. C’est une situation inacceptable”, a futsigé la source.

Les diplomates gabonais vivent dans une logique d’exclus

Les diplomates gabonais réalisent que le régime d’Ali Bongo se fout éperdument d’eux. Ils vivent très mal cette incurie. Quelques prévoyants avaient vu le bâton venir et se sont investis, par personnes interposées, dans de petits crédos commerciaux pour trouver des revenus d’appoint leur permettant de nourrir leur famille. Un seul hic : le commerce n’est plus florissant au Gabon, à cause de la grave crise économique que traverse le pays. « Autrefois, j’envoyais des vêtements neufs à vendre dans mon prêt-à-porter au pays mais depuis quelques mois, ce commerce ne rapporte plus », explique une diplomate.

Comme ses collègue, il a désormais du mal à défendre le bilan du régime d’Ali Bongo face à des interlocuteurs qui pour la plupart déplorent le déficit démocratique au Gabon et remettent en cause la légitimité du squatter du palais présidentiel. « La dégradation de nos conditions de vie et de travail ne nous motive plus. Nous passions notre temps à défendre un régime qui ne se soucie pas de l’image du pays à l’étranger. Désormais, nous nous murerons dans une attitude mutique », explique un diplomate en service en Afrique de l’Ouest.

La galère des serviteurs des représentations du Gabon à l’étranger c’est d’abord la précarité dans le travail, un flottement dans les buts, une oisiveté dans les actes. Les voies traditionnelles de la diplomatie ne fonctionnant plus, ils réagissent selon une logique d’exclus. Lorsqu’on les interroge, ils ne se gênent plus de se situer dans leurs relations avec le régime, et, surtout, dans l’évolution des mouvements sociaux en cours dans le pays.

Malgré tous les engagements pris par le dictateur gabonais de faire de nos ambassades le cheval de bataille de la diplomatie de développement, il n’en est rien jusque-là. Les diplomates gabonais à l’étranger restent démunis de tous moyens de rendre les services que l’on attend d’eux. Car rien n’est venu mettre fin à la galère que connaissent nos missions diplomatiques ainsi que les diplomates qui y prestent. Du coup, la situation financière de nos ambassades reste préoccupante.