Les graves ennuis de santé que connaît Ali Bongo depuis le 24 octobre dernier et les rumeurs sur son incapacité à désormais diriger le pays favorisent la guerre entre factions au sommet de l’Etat. Le cadet du despote, du reste, patron du service de renseignement, salive et échafaude le projet de succession dynastique.

Jonas MOULENDA

Si Frédéric Bongo, le demi-frère d’Ali Bongo et patron du service de renseignement, s’est toujours montré discret depuis le début du règne du despote, aujourd’hui, il piaffe d’impatience pour prendre le pouvoir, son aîné politique ayant entonné le chant du cygne avec ses graves ennuis de santé survenus le 24 octobre à Riyad, en Arabie Saoudite.
La probabilité de l’incapacité d’Ali Bongo à désormais diriger le pays fait saliver ce fils du défunt président Omar, Bongo, qu’on présente comme plus sanguinaire que son aîné. Le demi-frère du dictateur gabonais pense que son heure a sonné de prendre les rênes du pays, que le clan Bongo considère comme un gâteau familial. Il estime que son poste est un strapontin qui lui permet d’être en pole position au moment de la succession.

Les ennuis de santé d’Ali Bongo aiguisent les appétits de son demi-frère.

Dans cette perspective, a confié une source proche du service de renseignement, il a mis en place une sorte de task force regroupant essentiellement des officiers supérieurs véreux, tels l’aide-camp personnel du despote, le colonel Arsène Emvahou, le patron de la contre-ingérence, le colonel Sipamio-Berre, celui de la direction générale de recherche (DGR, le colonel Hubert Nganga, le commandant en chef de la Garde républicaine (GR), le général Grégoire Kouna, un béni-oui-oui de notoriété publique.

Les moyens financiers lui font défaut  pour réaliser son coup de force

Pour réussir son putsch, Frédéric Bongo et ses acolytes se sont entouré les services du vice-amiral Mally Gabriel Handjoua, le seul homme à avoir bénéficié de l’avancement plus de cinq fois à titre exceptionnel. Ce dernier est connu pour sa malignité. Il aurait ratissé large comme ses frères d’arme. D’après nos informations, le colonel Sipamio-Berre a enrôlé le capitaine Macaire Nembé, le lieutenant Symphorien Maganga, le lieutenant Eric Ballay et l’adjudant Thomas Eric. L’autre associé de Frédéric Bongo est le capitaine Ngokila de la Garde républicaine (GR) et le commandant Ngalibala de la gendarmerie.

Mais le demi-frère d’Ali Bongo a du mal à concrétiser son putsch pour deux handicaps majeurs. Le premier : il n’a pas l’emprise sur les principaux chefs des troupes des forces armées gabonaises. Le second handicap et non des moindres est le nerf de la guerre. En effet, le clan qui tient les cordons de la bourse est celui de Sylvia Bongo, avec lequel il s’affronte à fleurets mouchetés et parfois ouvertement. Or, l’épouse d’Ali Bongo ne cache pas sa volonté de voir son fils Nourredine Bongo succéder à son père le moment venu.

Outre les moyens financiers, le demi-frère du despote ne maîtrise pas les troupes. D’où son recours à d’autres officiers supérieurs. 

Pour disposer des moyens financiers nécessaires à la réussite de son putsch, Frédéric Bongo et son complice Arsène Emvahou – à qui il aurait promis le poste de ministre de la Défense s’il accède aux manettes de l’Etat – conjurent le sort pour dégommer Brice Laccruche Alihanga, protégé de Sylvia Bongo, qui gère le coffre-fort de la présidence de la République. Selon un officier supérieur des services spéciaux, ils voudraient le remplacer par Lambert Mathas qui serait plus disposé à sortir le grisbi pour graisser les pattes aux officiers supérieurs des forces armées gabonaises.

Il veut se servir de la justice comme gourdin pour neutraliser les membres des clans rivaux 

Depuis le mois dernier, ils taillent les croupières aux membres du clan de Sylvia Bongo, en tête desquels Brice Laccruche Alihange et le porte-parole de la présidence de la République, Ike Ngouoni. Le dernier cité est même désormais interdit d’accès au palais. Sa secrétaire particulière avait été arrêtée, la semaine dernière, et conduite à la cravache au siège de la contre-ingérence pour y subir un interrogatoire musclé, avant d’être relâchée.

A la suite d’un brainstorming, Frédéric Bongo et alter ego Asrène Emvahou ont décidé de faire de la justice gabonaise leur gourdin pour neutraliser tous ceux qui les empêchent dans leurs manœuvres déloyales aux desseins inavoués. Ils entendent se servir des magistrats, transformés en véritables prébendiers. Ils suivent une direction, celle de la justice des vainqueurs pour conduire une guerre sans merci aux empêcheurs de tourner en rond.

Dans le dispositif de Frédéric Bongo, le colonel Arsène Emvahou  est chargé de déclencher l’opération “Mamba” contre les membres des clans rivaux.