L’ancien directeur général de Gabon Oil Company, recherché depuis une semaine pour détournement des fonds, s’est rendu lundi en milieu d’après-midi à la direction générale de recherche (DGR) où il a été ensuite placé en garde à vue.

Jonas MOULENDA

L’EX-patron de Gabon Oil Company passe sa première nuit dans les géoles de la direction générale de recherche (DGR). Après s’être éclipsé pendant quelques jours, Christian Patrichi Tanasa s’est livré, lundi après-midi, à la justice qui le recherchait pour malversations.

Selon une source proche de la DGR, Tanasa s’y serait rendu pour éviter d’être humilié comme son ami Renaud Allogho Akoué, menotté la semaine dernière devant ses anciens collaborateurs, alors qu’il venait de procéder à la cérémonie de passation de service à la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (Cnamgs).

Gabon Oil Compagny, vache laitière de la mafia du pouvoir.

Depuis la semaine dernière, l’ancien directeur général de la GOC était introuvable. D’aucuns avaient même conclu qu’il avait quitté le pays pour échapper aux poursuites judiciaires. Pourtant, l’oligarque présumé était dans Libreville. Il s’était plutôt retranché chez des proches, de peur d’être arrêté et conduit à la cravache au poste.

Après avoir appris que le parquet de Libreville avait mis en branle toutes les unités pour le retrouver, Patrichi Tanasa est donc sorti de sa cachette pour se livrer à la justice. Celle-ci lui reproche d’avoir détourné plusieurs milliards de CFA pendant la période où il a gérée la GOC.

Patrichi Tanasa percevrait un salaire mensuel de 45 millions de F CFA, alors que les autres cadres techniques qui font le plus grand travail sur le terrain n’atteignent pas le pic 5 millions par mois. Malgré ce salaire mirobolant, estime la justice, il aurait mis le grappin sur les fonds de la compagnie.

L’argent détourné aurait été envoyé dans des paradis fiscaux à travers des sociétés-écrans. Il s’agit essentiellement des recettes pétrolières prévues pour être versées au Trésor public, au nom de l’unicité des caisses.

Au terme de l’année 2017, la production nationale de pétrole brut au Gabon s’est élevée à 10,503 millions de tonnes, contre 11,485 en 2016, soit une contraction de 8,5%. Malheureusement, les recettes pétrolières générées n’ont pas été reversées entièrement au Trésor public.

Le pétrole du Gabon profite au clan Bongo et non au peuple, qui croupit dans la misère.

Une bonne partie de l’argent détourné a transité par les comptes d’Ali Bongo et de ses proches. Un système inique et mafieux qui cache des sommes astronomiques et vertigineuses dans des banques à l’étranger, ou en achetant des entreprises, des villas et des appartements luxueux à l’extérieur.

La mafia du pouvoir se livre secrètement à des ventes de pétrole à prix réduit à de nouvelles sociétés privées dont les acolytes du dictateur et lui-même seraient les propriétaires.

En mars 2018, Ali Bongo avait envoyé son ancien directeur de cabinet, Brice Laccruche Alihanga, au Moyen-Orient pour conclure une transaction et récupérer 6 milliards de F CFA. Où est passé cet argent ? « Le Trésor public n’a pas les traces de ces fonds. Or, tout doit y être reversé au nom de l’unicité des caisses », confie une source proche de la comptabilité publique.