Depuis octobre 2015, la crise à La Poste n’a toujours pas été résolue, malgré le changement de direction. La gestion précédente conduite par Alfred Mabika nous avait fait comprendre, à travers ses ouvrages, que cette crise était de la seule responsabilité de l’Etat qui n’assurait pas ses engagements : non versement des subventions, capital non libéré, couverture partielle des avoirs des épargnants, détournement des subventions, endettement vis-à-vis de La Poste de plus de 100 milliards de francs CFA…

Jonas MOULENDA

Depuis le dernier trimestre 2015, Michael Adandé, successeur d’Alfred Mabika Mouyama, s’entête à affirmer que La Poste est redressée. Pourtant la réalité dément cette assertion. D’un côté, les clients de La Poste sont toujours privés de leurs avoirs. De l’autre, le personnel de l’entreprise est en permanence en grève pour réclamer le versement des salaires et des autres indemnités ; les retraités ne sont pas payés régulièrement ; de curieux incendies de locaux et des vols de documents sont également constatés.

Voilà qui conduit le peuple gabonais à s’interroger, ce d’autant qu’à travers nos investigations, nous avons découvert une convention de règlement de dette de 22 milliards de francs CFA signée entre l’Etat et La Poste gabonaise le jour du licenciement de monsieur Alfred Mabika. Nous vous livrons ici l’intégralité de cette convention.

Sans entrer dans les détails, cette convention confirme un fait majeur. L’Etat reconnaît une dette vis-à-vis de La Poste. L’existence de cette convention confirme que l’Etat, sous la gestion de monsieur Alfred Mabika, n’a jamais :
– versé de subvention,
– payé le capital de La Poste et de Postbank,
– réglé les timbres,
– couvert en intégralité les avoirs des épargnants,
– etc.

Tandis que tout cet argent se faisait attendre lorsque monsieur Alfred Mabika présidait La Poste, un premier versement de 5 milliards de francs CFA dus par l’Etat est miraculeusement intervenu une semaine après l’éviction de ce dernier. Et la magie continue, puisqu’en plus de ces 5 milliards, l’Etat a versé durant ces deux dernières années, chaque mois, 800 millions de francs CFA au groupe La Poste.

Michaël Adandé a mis Postebank sous perfusion.

Michaël Adandé a détruit tout ce qu’a laissé son prédecesseur Alfred Mabika Mouyama
Pourtant, dans son ouvrage concernant La Poste que nous avons lu, l’ancien PDG précise qu’en principe, d’une part l’application de cette convention à elle-seule suffisait à redresser tous les comptes de Postebank, en particulier les ratios prudentiels, et d’autre part la désignation d’un administrateur provisoire ne se justifiait pas et encore moins celle d’un liquidateur.

En clair, si les choses avaient été correctement faites comme il le préconisait, aujourd’hui le peuple gabonais disposerait encore de sa banque postale, une structure dont l’importance va bien au-delà de la simple microfinance comme c’est à présent le cas avec la création de Postfinance.

Les agents de la Poste sont contraints de débrayer constamment pour réclamer leurs salaires.

Ainsi, alors que sous la présidence d’Alfred Mabika La Poste fonctionnait et se développait malgré le désengagement de l’Etat. Pourquoi depuis octobre 2015 cette même Poste qui bénéficie enfin des sommes qui lui sont dues et de l’implication inespérée de l’Etat connaît une crise permanente ?
Michael Adandé s’est en effet attelé à détruire tout ce qui faisait le renom de La Poste. Les produits et les services qui assuraient des recettes avant octobre 2015 sont depuis deux ans supprimés par cette nouvelle direction, tandis qu’augmentent fortement les charges générales dont certaines ne sont ni plus ni moins qu’une prise d’otage des fonds propres de La Poste.

Le syndicat national des Postes révèle à ce titre des faits saisissants : avec l’argent de La Poste, le PDG actuel s’est offert un véhicule de marque NISSAN d’une valeur de 80 millions de francs CFA, des voyages permanents à l’étranger, une garde personnelle rapprochée, des salaires exorbitants pour les membres de son cabinet, le droit de remplacer un logiciel officiel par un nouveau software dont il est le représentant commercial pour 5 milliards de francs CFA alors que le problème concernait uniquement la formation plus pointue du personnel à l’ancien logiciel, etc.

Les grèves sont le seul langage compris par Adandé.

Dans ces conditions, le SYNAPOSTE n’a-t-il pas raison de réclamer la tête de l’actuel PDG de l’entreprise, comme rapporté dans notre numéro du 16 février dernier ? Peut-on continuer sérieusement à croire que c’est le déficit laissé par l’ancienne gestion qui obstrue le développement de La Poste ?
Maladroitement, monsieur Michael Adandé clame haut et fort que les sommes qui manquent à La Poste (100 milliards de francs CFA, dit-il un jour ; 140 milliards de francs CFA, dit-il le lendemain) résultent d’un vol. Or, à la grande stupéfaction de tous les participants à une réunion placée sous l’égide du ministre de tutelle de La Poste monsieur Alain-Claude Bilié-bi-Nzé, il a été révélé et démontré par un cadre courageux de La Poste que les sommes réclamées n’étaient pas un « trou », mais le révélateur d’une estimation personnelle des besoins de financement de La Poste : 5 milliards pour l’activité de B.F.I (logiciel acheté par l’actuel PDG de La Poste) ; 11 milliards pour le coût des licenciements ; etc.

L’actuel PDG qui n’a fait que détruire l’image de La Poste et rouler dans la farine le gouvernement n’est pas novice en la matière. Il a laissé à la BDEAC un « vrai trou » de 433 milliards de francs CFA lorsqu’il dirigeait cette institution (source : Jeune Afrique, n°2876). On comprend que même médiocre il suffit d’être membre du Parti Démocratique Gabonais pour occuper de hautes fonctions même lorsqu’on a dépassé l’âge légal de la retraite.