L’armée loyaliste a repris le contrôle de la situation après avoir réussi à neutraliser les cinq éléments de la Garde républicaine (GR) qui avaient pris d’assaut la radio nationale et lancé un appel à une insurrection.

Jonas MOULENDA

LA tentative de putsch planifié au Gabon par cinq agents de la Garde républicaine (GR) aura finalement tourné court. Selon une source proche des services spéciaux de la présidence de la République, les cinq militaires auraient été neutralisés peu après la prise Gabon Télévision.

D’après une source proche du service de renseignement, quatre des cinq agents ont été neutralisés dans l’enceinte même de cette chaîne publique, tandis que le cerveau de la tentative de putsch, le lieutenant Kelly Ondo Obiang, a été cueilli à Plaine-Orety, dans le 1er arrondissement de Libreville.

L’officier subalterne avait réussi à sortir incognito du siège de Gabon Télévision, après y avoir abandonné sa tenue militaire et arboré les vêtements d’un civil. Les cinq frères d’armes ont été conduits à la cravache à la contre-ingérence pour y subir un interrogatoire musclé. Ils risquent gros pour leur appel à l’insurrection, suivi en matinée par une partie de la population de Libreville.

De nombreux Librevillois ont répondu à l’appel des militaires dissidents

Les habitants des quartiers Cocotiers, Nkembo et Boulevard notamment joyeux mais anxieux avaient convergé vers le siège de Gabon Télévision dès la diffusion en boucle par cette chaîne du message des cinq militaires. En fin de matinée, le groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) a fait une descente musclé sur le terrain.

L’armée loyaliste a fait une descente musclé, comme sur cette photo d’archives.

Ce groupement était appuyé par d’autres unités des forces armées gabonaises dotés des moyens lourds. Elles ont prioritairement sécurisé les institutions républicaines. Il s’agit de la présidence de la République, des ministères et des deux chambres du Parlement que sont l’Assemblée nationale et le Sénat.

« Les voies qui mènent à ces institutions ont été bouclées. Aucun trafic n’y était autorisé », a rapporté le journaliste indépendant Achile-Patrick Dindoumou, précisant qu’il a été éconduit par la police, alors qu’il tentait se rendre au siège de Gabon Télévision pour constater la prise de cette chaîne par les cinq dissidents.

Internet reste encore coupé dans le pays 

Dans l’après midi, un calme précaire régnait sur Libreville. Les principales artères de la capitale gabonaise étaient désertes. Les commerces étaient fermés jusqu’en début de soirée. Gabon Télévision a repris ses émissions mais Internet reste coupé. « Tout est rentré dans l’ordre. Les programmes ont repris à Gabon Télévision », a rapporté Chamberland Moukouama, journaliste à cette chaîne d’État.

Gabon Télévision a repris ses émissions mais Internet reste coupé.

Entre chien et loup, aucune manifestation n’était signalée à travers la capitale gabonaise. Les citoyens étaient toujours cloîtrés chez eux, attendant la moindre information sur l’évolution de la situation. « Tout est calme. Pas de tirs, pas d’émeutes. Les gens sont terrés chez eux. J’habite les Charbonnages (un quartier du 1er arrondissement de Libreville, Ndlr). Il n’y a pas eu des tirs ici », a rassuré l’opposante Annie Léa Meye, expliquant qu’un important dispositif sécuritaire est déployé dans les rues de la capitale.

Qui a commandité ce putsch manqué ? S’agit-il des clans rivaux du pouvoir qui s’affrontaient à fleurets mouchetés ces derniers temps ? Les cinq militaires auraient agi de leur propre gré ? Ces questions taraudent les esprits à Libreville et au-delà. Plusieurs analystes n’excluent pas un acte inspiré par des thuriféraires du régime pour justifier l’arrestation de certains empêcheurs de tourner en rond.