Le directeur général de Gabon Oil Company a de quoi se mettre martel en tête. La mafia qui a remplacé l’Etat a décidé de le faire tomber de son piédestal par tous les moyens. Son crime de lèse-majesté aura été la dénonciation de l’escroquerie en bande organisée orchestrée par d’autres membres du pouvoir, à l’occasion du dernier séjour d’Ali Bongo en France, qui aura coûté un milliard de F CFA au contribuable gabonais.

Jonas MOULENDA

LE dernier séjour d’Ali Bongo en France aura exacerbé les tensions latentes entre thuriféraires de son régime obsolète et corrompu. La gestion et l’utilisation de l’argent débloqué pour préparer son séjour ont accru les animosités dans les rangs du despote gabonais.

Plusieurs sicaires du régime vouent désormais une haine viscérale au directeur général de Gabon Oil Company, Arnaud Engandji, proche du despote, qui tenait les cordons de la bourse. Les profito-situationnistes du pouvoir ont transformé le séjour parisien d’Ali Bongo en opportunité d’enrichissement personnel.

Ainsi, chacun d’eux a sollicité un budget conséquent, promettant de recruter des Gabonais à Paris et dans d’autres villes de France pour accueillir avec vivats et acclamer Ali Bongo. Des membres de la délégation recevaient jusqu’à 500 euros par jour pour les frais de transport, en sus des frais d’hôtel, de restauration et de communication.

Mais en lieu et place des membres de la diaspora, ce sont des expatriés camerounais, congolais, sénégalais, maliens, béninois et ivoiriens qui ont été recrutés par les sbires du régime. Pis, l’argent débloqué n’a pas servi à payer les jeunes recrutés pour constituer l’applaudimètre du tyran. Une affaire digne d’une escroquerie en bande organisée.

Après avoir été roulés dans la farine par les personnes qui les avaient contactés, les expatriés recrutés n’ont pas eu d’autre choix que se tourner vers Arnaud Engandji, cousin et l’un des bras droits d’Ali Bongo. Le patron de GOC, visiblement gêné aux entournures, n’a pas manqué de fustiger le mercantilisme de ceux qui se font appeler pompeusement « amis du président », alors qu’il ne s’agit que d’une bande de piranhas qui bouffent tout à leur passage.

VIE DE PACHA. Arnaud Engandji – qui aurait voulu que l’argent débloqué profite aux Gabonais, notamment les étudiants qui vivotent en France – a déploré le fait que les supposés amis d’Ali Bongo passent leur temps à lui extorquer des fonds sans produire les résultats escompter. Une prise de position qui a été mal perçue par les mafieux du pouvoir à l’origine de l’arnaque. Ces derniers ont donc décidé de livrer une guerre sans merci à Arnaud Engandji, qui les a empêchés de bouffer paisiblement.

Ces derniers temps, le climat est délétère dans les cercles du pouvoir. On est d’abord dans un conflit de clan, presque un conflit de mafieux. Il s’articule autour de la rivalité entre les larbins de la présidence de la République et Arnaud Engandji. Au-delà de la gestion et de l’utilisation de l’argent débloqué pour le séjour parisien d’Ali Bongo, les enjeux de ce conflit sont le contrôle de la manne pétrole gérée par Gabon Oil Compagny.

 

Ali Bongo attache du prix à la survie de sa dictature qui a besoin de deux ingrédients : l’argent pour entretenir l’élite, la classe moyenne, et la peur pour étouffer les velléités de révolte des masses. Il se susurre que certains de ses collaborateurs futés voudraient mettre le grappin sur la manne pétrolière pour maîtriser les leviers de l’Etat et pousser ensuite le tyran vers une porte de sortie, assurés de l’allégeance de toutes les institutions grâce à la manne qu’ils se seront faite.

La principale source d’accumulation illégale de capital de la mafia du pouvoir est l’exploitation du pétrole, le trafic de stupéfiants, de l’or, du bois et de différentes essences protégées. Les comptes des mafieux leur permettent, depuis le début de la crise économique, de continuer à mener la vie de pacha. Ils investissent dans le bâtiment, les commerces et la restauration pour fructifier les fonds amassés et ne pas être pris de court devant l’éventuel asséchement des finances publiques.