Plus les mois passent, plus le visage du despote trahit sa fébrilité. Les produits cosmétiques, les médicaments et la drogue ne font pas d’effets. L’accident vasculaire cérébral dont il a été victime le 24 octobre 2018 en Arabie Saoudite semble avoir définitivement scellé le sort du dictateur, qui tente de s’accrocher à tous les paravents.

Jonas MOULENDA

C’EST un Ali Bongo très affaibli, amaigri et s’appuyant sur une canne qui est apparu mardi à l’occasion de la rentrée solennelle de la Cour constitutionnelle, dirigée par Marie-Madeleine Mborantsuo.

Sa participation à cette cérémonie a paru un exercice fastidieux, tant elle a encore exigé de lui beaucoup d’efforts physiques, comme à l’occasion de la célébration du 59è anniversaire de l’accession du pays à la souveraineté internationale.

Le despote marche toujours en s’appuyant sur une canne, même s’il s’en débarrasse parfois pour des séances d’images destinées à rassurer les Gabonais sur sa motricité. Pourtant, nombreux sont ceux qui émettent toujours de sérieux doutes quant à sa capacité à diriger le pays après sa maladie.

De sérieux doutes sont émis sur la capacité d’Ali Bongo à diriger le pays après sa maladie.

Le collectif « Appel à agir » vient d’ailleurs de saisir la Cour constitutionnelle pour demander une expertise médicale aux fins de démêler les fils de l’écheveau. Cette procédure intervenant après l’échec de celle initiée auprès de la Cour d’Appel judiciaire de Libreville vient relancer le débat sur la vacance du pouvoir.

Des voix s’élèvent pour réclamer la vacance du pouvoir et une période de transition 

Depuis la maladie d’Ali Bongo, la voix du changement retentit dans les cœurs de tous les Gabonais. Une fièvre du changement, telle une maladie contagieuse, a frappé toutes les couches de la population, y compris dans la galaxie du dictateur Ali Bongo. Ce dernier réalise que désormais rien ne sera plus comme avant.

Au-delà de la confiscation du pouvoir après la maladie qui l’a considérablement affaibli, les Gabonais lui tiennent rigueur pour avoir laissé le pays entre les mains de son épouse Sylvia Bongo et son directeur de cabinet Brice Fargeon Alihanga. Devant ce qu’ils considèrent comme une personnalisation du pouvoir, les Gabonais exigent mordicus la vacance du pouvoir. Ce geste d’alerte est un thermomètre éloquent qui démontre que le peuple gabonais refuse de considérer l’imposteur comme dirigeant à vie du Gabon.

Les Gabonais de l’étranger notamment restent mobilisés contre le dictateur.

Le troisième facteur de la colère populaire est le scandale des détournements de plus de la moitié du budget de  la République par la mafia qui a remplacé l’État. Dans cette supercherie, le véritable instigateur est Ali Bongo, accusent certains opposants. Il lui sera difficile de convaincre même le plus obtus des Gabonais que ses collaborateurs et son épouse détournent l’argent du contribuable sans son blanc-seing, même s’il est affaibli par la maladie.

D’aucuns estiment que l’opposition, la société civile, les syndicats et l’armée doivent prendre leur responsabilité avant que le pays ne sombre dans des violences programmées par le tyran et ses valets. Dans cette dynamique, estime-ton, pour éviter un bain de sang, ces forces vives de la nation doivent mettre en place un Gouvernement de transition de plus ou moins une année, pour organiser des élections apaisées.

La monopolisation de l’État et la confiscation du pouvoir pourraient précipiter le Gabon dans le chaos 

En l’absence de cette transition, Ali Bongo qui a le dos contre le mur, va plonger le pays dans les affres d’une guerre civile s’il reste au sommet de l’Etat ! Même s’il dépense sans compter dans ses services de renseignements pour endiguer la contestation qui enfle dans le pays, le despote sait à présent que sa marge de manœuvre est réduite. Les Gabonais ne le laisseront pas à la tête du pays pendant sept ans encore pour gouverner par procuration ou fac-similés.

Tôt ou tard, le dictateur et ses sbires seront rattrapés par l’histoire. D’où l’ultime va-tout de se maintenir coûte que coûte au pouvoir. Ce débat qui s’ouvre au pays malgré l’intimidation envers l’opposition, les arrestations musclées des membres de la société civile, des morts non élucidées, doit renforcer la détermination des Gabonais pour mettre hors d’état de nuire cette cohorte de délinquants.

Le pays est dirigé par les collaborateurs d’Ali Bongo

S’inspirant des méthodes de Blaise Compaoré, le dictateur Ali Bongo agite la menace du remaniement gouvernemental et l’ouverture à l’opposition pour acheter certaines consciences. De toutes les façons, tout se monnaie au Gabon. Le despote a bafoué le processus démocratique dans le pays, l’Etat de droit est mis à mal, et l’opposition harcelée à outrance. Il a fait du clientélisme, de l’incompétence et de la corruption, ses instruments de gouvernance.

De même, il a fait de la désorganisation du pays sa marque de fabrique. D’autres pays africains s’adonnent à cet exercice sans que cela tourne à l’amateurisme. Tout le monde s’accorde à dire que sa pérennisation au pouvoir est une catastrophe nationale, et la monopolisation de l’appareil d’Etat par son clan mafieux sont des marqueurs de ce régime. Le dictateur pousse son cynisme jusqu’à son paroxysme. Contribuer à voir éclore les fils du pays l’indiffère.