Avec un système éducatif fabriquant des chômeurs, une jeunesse désœuvrée, une croissance démographique dans les villes, sans conditions d’accompagnement et une classe politique alimentaire, qui pille les maigres ressources de l’Etat, le Gabon réunit aujourd’hui toutes les conditions d’un soulèvement populaire. Si le despote se réjouit du calme observé ces derniers temps dans le pays, il n’en demeure pas moins que la conservation du pouvoir jusqu’au  terme de son deuxième septennat ne lui est pas acquise.

Jonas MOULENDA 

Contrairement à ce les thuriféraires du régime tentent d’instiller dans les esprits, Ali Bongo n’est pas du tout serein. Le despote valétudinaire est persuadé que le calme qui règne actuellement au Gabon précède une grosse bourrasque à même de le balayer. Car, les Gabonais n’ont pas l’intention se résigner ad vitam aeternam à sa dictature de plus en plus féroce.

L’augmentation exponentielle du chômage des jeunes et l’extension de la précarité risquent, à terme, de déclencher une révolte populaire à même d’emporter tout le régime en place. Plus les jours passent, plus le ras-le-bol ef la mal-vie dominent. Alors les jeunes s’enflamment. Nombreux jurent qu’ils investiront la rue pour faire tomber le régime qui les maintient dans une galère maximale.

Les Gabonais souhaitent que le rastaquouère aille loin d’eux.

Ils n’ont ni présent ni avenir. La précarisation s’est étendue. Le spleen est le sentiment dominant. Leurs droits fondamentaux ne sont ni garantis ni respectés par le pouvoir. La jeunesse ne cherche pas un avenir qui lui serait offert mais un avenir qui lui soit permis. La médiocratie et la gérontocratie lui ferment toutes les portes. A désespérer la jeunesse par goût pour les prébendes et bénéfices personnels, par soif du pouvoir et des positions acquises, la junte au pouvoir attise l’extrémisme qu’il prétend combattre.

REVOLUTION BALBUTIANTE. De fait, le régime d’Ali Bongo a fait du Gabon un volcan susceptible d’entrer en éruption à tout moment. Les manifestations intermittentes souvent réprimées par la police aux ordres du pouvoir ne sont que geysers de lave crachés par ce volcan. Il s’agit des signaux non négligeables. Le fait d’avoir commencé à briser le carcan d’impuissance et d’avoir transcendé les clivages stériles est l’un des acquis considérables du mouvement révolutionnaire en gestation.

Il y a longtemps que les Gabonais ne sont plus fiers de leur identité, comme ils l’ont été après l’avènement de la démocratie. Aujourd’hui, ils ruminent une colère qu’ils pourraient faire exploser à tout moment. Face à des menaces de tout genre véhiculées, y compris par les réseaux sociaux, les pouvoirs publics se doivent de travailler, dans le même temps, à soustraire cette jeunesse aux sirènes de la radicalisation, d’un nihilisme et du désespoir personnel et social en créant des conditions sociales et professionnelles favorables.

Le despote, déjà affaibli par la maladie, est assis sur un volcan

Le despote est assis sur un volcan.

L’implication de cette jeunesse, qui représente la frange la plus importante de la population gabonaise, et sa contribution au développement économique, social et culturel du Gabon aurait pu constituer un objectif essentiel de la politique nationale. Malheureusement, Ali Bongo et ses acolytes ont d’autres chats à fouetter.

Aux revendications des jeunes, ils répondent par la barbarie et la répression. « Aucune dictature n’est éternelle. Le régime d’Ali Bongo finira par tomber, comme celui de Blaise Compaoré au Burkina-Faso », observe un membre de la coalition de l’opposition. La contestation au pouvoir en place ne cessera pas aussi longtemps que perdureront la pauvreté et le sous-développement.

L´histoire du Gabon contemporain est jalonnée de luttes contre le despotisme symbolisé par le Parti démocratique gabonais (PDG), au pouvoir. Les Gabonais sont face à un régime autiste, basé sur une politique répressive, ne tolérant aucune opposition, et qui fait fi de la volonté d´émancipation de tout un peuple, réduit à la misère, à la marginalisation et à l’asservissement.

Comme en médecine, le diagnostic est connu, il suffit maintenant à l´opposition et à la société civile de s´entendre sur le traitement pour éviter que la maladie ne se propage, risquant d´aboutir à une amputation, voire au décès. Mais le véritable problème réside dans l’absence de perspectives claires qui permettraient de transformer l’initiative et d’aboutir au changement politique escompté. Au-delà de son côté initialement bon enfant, le mouvement de protestation peine à sortir de l’amateurisme, les risques de récupération et de dérapages sont énormes, les slogans fluctuent de jour en jour, les organisateurs sont assez peu connus et leurs objectifs ne sont pas vraiment clairs.

Le système ne pourrait pas être affaibli et se remettre en cause aussi facilement. Ce système a encore de la ressource, les clans mafieux du pouvoir continuent de tenir leurs troupes, ils ne se laisseront pas renverser et il y a fort à craindre que cette révolution balbutiante se fera rapidement étouffer, confisquer ou kidnapper comme tant d’autres mouvements de ce type. Mais la seule chose que le pouvoir ne parviendra pas à faire est de calmer tout un peuple empêtré dans la galère maximale et qui ne croit plus en demain.