Le dictateur gabonais séjourne depuis, ce jeudi, à Londres, où il a été évacué suite à l’aggravation de son état de santé. C’est donc depuis sa chambre d’une fameuse clinique royale que le grand malade de la Sablière, accompagné de son épouse  Sylvia et de quelques membres de sa sécurité, semble toujours présider aux destinées du pays.

Jonas MOULENDA

Agonie ou promenade de santé pour le dictateur gabonais ? La question taraude les esprits dans les cercles du pouvoir. Ali Bongo, a été évacué vers l’Angleterre, dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 mars 2021. Les  renseignements généraux ont confirmé cette information à Matin d’Afrique mais ont déclaré qu’il s’agissait d’un voyage privé de quinze jours durant lequel le chef de l’Etat ferait des visites médicales. Reste que des rumeurs concernant l’aggravation de l’état de santé du despote, atteint de diabète et d’une leucémie, avant son accident vasculaire cérébral, circulent avec insistance dans les sphères décisionnelles de l’Etat.

Les conditions dans lesquelles a eu lieu le départ d’Ali Bongo, la nuit dernière, laissent penser que ce voyage  au Royaume-Uni n’était pas prévu. Le chef de l’Etat gabonais a embarqué dans un avion  médicalisé loué par la présidence en pleine nuit, vers 2 heures du matin. Il était accompagné de son épouse, Sylvia et de trois autres de ses proches, a indiqué une source proche de la présidence de la République. Le fait même que les renseignements généraux admettent que  le chef de l’Etat va subir des examens durant son séjour à Londres laisse penser qu’il n’était peut-être pas totalement conscient lors de son départ.

C’est donc le regard tourné vers le Royaume-Uni que le Gabon envisage désormais son avenir. Plus pauvre que jamais, nonobstant un sous-sol riche en minerais et une nature généreuse, ce petit pays d’Afrique centrale, habité par deux millions d’âmes, cherche à se relever de la crise dans laquelle la maladie de son chef le laisse végéter. Inflation galopante, économie moribonde et insécurité croissante provoquent déjà des remous sociopolitiques.  Il y a deux semaines, un concert de casseroles a éclaté sur l’ensemble du pays, la population dénonçant les mesures asphyxiantes prises par l’Etat sous le fallacieux prétexte de la lutte contre le Coronavirus.

Ali Bongo serait-il à l’agonie dans un  hôpital quatre étoiles à Londres  ou seulement en visite privée, comme tentent, tant bien que mal, de le faire croire certains thuriféraires du régime ? S’achemine-t-on vers le scénario d’Omar Bongo, mort dans un hôpital en Espagne ?

L’inquiétude est grandissante dans les cercles du pouvoir, où règne déjà une ambiance de fin de règne. Le despote valétudinaire devait rester au Gabon jusqu’au remaniement ministériel tant attendu, mais une nouvelle dégradation de sa santé  a contraint ses médecins à ordonner son évacuation vers Londres. « Il était très mal en point lorsqu’il partait », a confié une source proche des renseignements généraux.

« La destination de l’avion c’était Londres. Ses médecins ont constaté une soudaine dégradation de son état. Ils ont donc jugé utile de le transporter de toute urgence à la clinique royale de Londres où il avait subi les premiers soins  après son AVC en Arabie Saoudite », a renchéri la source.

Et de poursuivre : « S’il y a une nette amélioration de sa santé, il reviendra dans quinze jours.  Son fils Nourredine est resté à gérer les dossiers du pays. La dégradation de la santé du président inquiète son entourage. Ces derniers temps, il est apparu très amaigri et affaibli. »

Dans sa dernière apparition publique, le dictateur gabonais est apparu très fatigué 

De fait, c’est un Ali Bongo aux traits visuels de fatigue, comme s’il était sous l’effet des psychotropes et des substances stupéfiantes, qui est apparu, lundi à la télévision, à l’occasion du Forum d’Assouan pour la paix et le développement durable. Ses séjours incessants dans les hôpitaux à l’étranger prouvent à suffisance que son état de santé est chancelant et mérite une attention particulière.

La dernière apparition d’Ali Bongo mardi

Pour la deuxième fois en moins de trois mois,  Ali Bongo, malade, a quitté Libreville afin de subir des soins médicaux.  Depuis  son accident vasculaire cérébral, le 24 octobre 2018, bien des zones d’ombre persistent quant à son état de santé et sa capacité à continuer à gouverner le pays.

Peu avant son AVC, Ali Bongo souffrait depuis plusieurs années de diabète et d’une leucémie. Un autre diagnostic cherche à se frayer un chemin dans le monde des médias nationaux fait plutôt allusion à l’Alzheimer dont souffrirait le despote. Mais comment empêcher que diagnostics et pronostics se alarmistes soient avancés au sujet de la santé du président quand son bulletin de santé officiel se fait toujours attendre ? En effet, depuis l’annonce de sa maladie, rien ou presque n’a filtré sur l’état de santé réel du dictateur gabonais.

Ses problèmes de santé alimentent les inquiétudes liées à une vacance du pouvoir  au Gabon, en butte à une profonde crise économique et politique, ainsi qu’à des tensions sociales. En cas de vacance du pouvoir, la gestion des affaires revient aux présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale et au ministre de la Défense, selon la Constitution gabonaise modifiée en décembre 2020. Une révision constitutionnelle qui a induit un changement des plus rétrogrades : la création d’une caste de privilégiés, décideurs de tout mais responsables de rien.

Cela en cas de décès ou de démission du chef de l’Etat, ou de toute autre cause d’empêchement définitif,  la vacance du pouvoir doit être constatée par la Cour constitutionnelle dirigée par Marie Madeleine Mborantsuo, belle-mère du dictateur. Une élection présidentielle sera ensuite organisée entre trente-cinq et quarante-cinq jours après la déclaration de cette vacance.

Pour les observateurs de la scène politique nationale, ce énième voyage présidentiel pour des problèmes de santé ne laisse aucun doute : l’heure de l’alternance a sonné.  « Le président  Ali Bongo doit savoir qu’il a besoin de repos comme tout être humain. La gestion des affaires de l’Etat n’est pas une chose aisée. Il faut qu’il se retire définitivement du pouvoir pour se consacrer à sa santé », a commenté un analyste politique, joint au téléphone par Matin d’Afrique.