L’argent généré par la commercialisation du patrimoine numérique de l’État n’est pas versé dans les caisses du Trésor public. Le demi-frère du dictateur et ses hommes de main qu’il a catapultés au sein de l’entité publique chargée des transactions se le partagent. Impunément.

Jonas MOULENDA

L’affaire passe sous silence au Gabon. Pourtant, il s’agit d’un scandale financier qui cause un grand manque à gagner à l’État gabonais. Les recettes de générées par la commercialisation de la fibre optique, estimées à plusieurs milliards de F CFA, ne sont pas versées au Trésor public.

D’après nos informations, ces sommes d’argent sont détournées par Alex Bongo, le demi-frère du dictateur Ali Bongo, et ses acolytes. Pour réussir à faire main basse sur le magot, le sulfureux Alex Bongo avait pris le soin de nommer ses sbires au sein de la société du patrimoine des infrastructures numériques (SPIN).

Alex Bongo a mis en place une véritable mafia pour détourner les 34% des parts censées revenir à l’État

Cette entité créée par l’État gabonais est chargée de la commercialisation du fil qui offre un débit d’information nettement supérieur à celui des câbles coaxiaux et sert de support au réseau « large bande » par lequel transitent aussi bien la télévision, le téléphone, la visioconférence et les données informatiques.

Alex Bongo a catapulté à la tête de la SPIN son frater Alex Kissangou Mouélé, ex-agent de BGFI Bank. A travers ce choix, le demi-frère d’Ali Bongo voulait s’assurer que les revenus du patrimoine numérique de l’État seraient gérés par un de ses éléments dont l’épouse, Cynthia Kissangou Mouélé, avait été bombardée  directrice des ressources humaines de l’Agence nationale des infrastructures numériques (Aninf), avant d’être rétrogradée à simple agent sans bureau pour incompétence.

Emile Kombila, le conseiller du pôle économique.

Pour témoigner sa gratitude à son mentor Alex Bongo, à la suite de sa nomination inespérée, le directeur général de la SPIN, Alex Kissangou Mouélé lui a cédé une partie de la fibre optique, à savoir le réseau d’administration gabonais (RAG). Depuis lors, il en fait un business personnel. C’est ainsi que la fibre optique que l’Agence nationale des infrastructures numériques (Aninf) était censée fournir aux administrations publiques est plutôt vendue à des entreprises privées.

Le directeur général de la SPIN recevrait des pots de vin l’opérateur français Axione 

Les recettes ainsi générées sont partagées entre Alex Bongo et ses acolytes. D’après nos informations, le directeur général de la SPIN a signé une convention avec Axione, une société française qui ne respecterait pas les lois gabonaises. Il recevrait des pots de vin de la part de cet opérateur pour maintenir le contrat d’une durée de sept ans.

A en croire nos sources, ses comparses au sein de la SPIN sont Emile Kombila, conseiller « Pôle économique », ainsi que son beau-frère d’origine congolaise, Emmanuel Massiala, qu’il a recruté au sein du service juridique pour gérer et étouffer les contentieux.

Emmanuel Massiala, le directeur juridique de SPIN.

La délégation de service public a été ssignée depuis plus de deux ans. La fibre optique ACE est commercialisée, mais les recettes sont partagées entre Alex Bongo et ses comparses. « Les 34% sont redistribués entre les acteurs de la SPIN et de l’Aninf. Rien ne rentre dans les caisses de l’État », s’indigne un fondé de pouvoir du Trésor public.

Aujourd’hui, la société française, qui exploite la fibre optique ACE depuis trois ans, réalise des chiffres d’affaires de 10 milliards par an. Protégé par le mafieux Alex Bongo, cet opérateur continue de se faire don beurre au Gabon.

Le représentant d’Axione, Sylvain Pecouyoul en réunion avec des partenaires.