Le directeur de cabinet d’Ali Bongo cristallise la haine de nombreux Gabonais ces derniers temps. Si les partisans de l’opposition le combattent pour ses actes obscurcis par un excès de zèle, les extrémistes téké, eux, membres du régime, l’abhorrent pour le poste juteux qu’il occupe. Concupiscents et nombrilistes,  ils conjurent le sort pour sa chute.

Jonas MOULENDA

LES pires ennemis de Brice Laccruche Alihanga sont les extrémistes téké, qui écument les différentes sphères de l’État. Selon la litanie qui revient presque dans toutes les conversations, ces thuriféraires n’ont jamais digéré le fait que le poste de directeur de cabinet du président de la République ait été confié à un membre d’une autre communauté.

Le Béninois Maixant Accrombessi a fait les frais de leur haine viscérale et de leur égoïsme. Ils se targuent d’ailleurs d’être à l’origine du mystérieux accident vasculaire cérébral dont le rastaquouère béninois a été victime à l’approche de l’élection présidentielle d’août 2016.

Après l’éviction de Martin Boguikouma, qui avait remplacé Accrombessi, les extrémistes téké s’attendaient à ce qu’un autre membre de leur communauté soit nommé directeur de cabinet. Malheureusement, Ali Bongo avait préféré choisir le franco gabonais Brice Laccruche Alihanga, qui se réclame de la communauté Obamba.

Ils sont prêts à cribler de balles Brice Laccruche Alihanga 

Depuis lors, les extrémistes téké ne décolèrent pas, multipliant intrigues et complots contre celui qu’ils appellent le « petit Blanc. » D’après une source proche de la présidence de la République, le directeur de cabinet d’Ali Bongo est devenu l’homme à abattre pour ces thuriféraires. Ils tiennent à tout prix à reprendre le poste stratégique qu’il leur échappe ces dernières années.

A en croire nos sources, ils seraient même prêts à éliminer physiquement Brice Laccruche Alihanga pour récupérer son poste. « Ils ont juré de l’abattre avant la fin de l’année. Ils envisagent de le cribler de balles. C’est un sujet qui a même déjà été abordé dans certaines officines africaines », confie un officier des services de renseignement de la présidence de la République gabonaise.

D’après une autre source, les extrémistes téké veulent positionner Marcel Abeké, au poste de directeur de cabinet pour le prédisposer à prendre le pouvoir au cas où Ali Bongo décédait en milieu de mandat. Ces derniers jours, les conspirateurs ont répandu une rumeur faisant état du limogeage de Brice Laccruche Alihanga et de son remplacement par l’ancien patron de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog).

Marcel Abeké est le cheval que les extrémistes téké veulent placer directeur de cabinet du président de la République pour le prédisposer à prendre le pouvoir.

De fait, la préservation du pouvoir est le leitmotiv des extrémistes téké. L’idée ne les effleure jamais de se demander si les Gabonais sont bien gouvernés et s’ils peuvent encore accepter qu’un autre téké remplace Ali Bongo. « Ils n’imaginent pas le pouvoir entre les mains d’un membre d’une autre ethnie. Ils sont très égoïstes », commente un analyste politique.

Les extrémistes téké ont fondé leur longévité aux affaires sur l’annihilation politique de leurs compatriotes et sur l’occultation des souffrances de ces derniers. Depuis cinquante-deux, toute leur politique se résume à des objectifs destinés à assurer la pérennité de leur pouvoir.  Ils ressassent souvent à l’ensemble de la communauté que celle-ci est vouée aux représailles en cas de perte du pouvoir.

Les contre-feux qu’ils allument visent à neutraliser Brice Laccruche Alihanga qu’ils accusent de faire la part belle à d’autres communautés ethniques du pays. Ils vivent mal, par exemple, que le juteux poste de ministre du Pétrole soit occupé par Noël Mboumba, de l’ethnie Punu et proche du directeur de cabinet du despote. Presque systématiquement, ils fomentent des complots contre des gouvernants issus d’autres communautés.

Ali Bongo a douché les espoirs des extrémistes téké en se rendant chez Alihanga pour lui témoigner sa confiance et son soutien 

Il se raconte que lorsqu’Yves-Fernand Manfoumbi était directeur général du budget, il a été durement combattu par les extrémistes téké. Il en fut de même pour Jean-Fidèle Otandault. Mais depuis que Fabrice Adjoua, un des leurs, est à ce poste, aucune critique acerbe ne fuse de leur milieu. « Quand les leurs détournent de l’argent, ils se taisent. Mais lorsque ce sont des gestionnaires d’autres communautés, ils en font un drame », déplore un agent du Trésor public.

Dans leurs manœuvres déloyales, les extrémistes téké essaient souvent d’embarquer les naïfs d’autres communautés pour les aider à atteindre leurs desseins inavoués. C’est ce qu’ils essaient de faire dans la guérilla stérile contre Laccruche Alihanga. Certes, ce dernier n’est pas un agneau sans taches mais les extrémistes téké attisent la haine contre leur ennemi commun.

Le despote est allé soutenir le projet de son collaborateur et lui témoigner sa totale confiance, à la grande déception des conspirateurs. 

Pourtant, ces complots ne semblent pas ébranler Ali Bongo. Ce dernier ne semble pas prêt à  se débarrasser de son collaborateur.  Lors de son séjour le week-end dernier à Franceville,  le chef-lieu de la province du Haut-Ogooué (sud-est), son fief politique,  le despote s’est rendu en voiture à Eyougha, le village chez Brice Laccruche Alihanga pour procéder au lancement d’un projet agricole initié par ce dernier et admirer ses réalisations locales.

Ce geste fort était aussi un message sibyllin  adressé aux extrémistes  téké sur la totale confiance qu’Ali Bongo accorde à son collaborateur, malgré lz haine viscérale que lui vouent les extrémistes téké palissant de jalousie. Ce geste perçu par d’aucuns comme un pied de nez a douché les espoirs des conspirateurs d’atteindre leur objectif dans l’immédiat.