L’amateurisme domine le règne du despote gabonais. Malgré la grande marge de manœuvre qu’il a eue, il n’a pas pu prendre ses marques. Le cafouillage reste terrible dans sa gestion des hommes et du pays. Il donne même l’impression de rien maîtriser de la politique. La formation du dernier gouvernement a mis en exergue son manque de savoir-faire.

Jonas MOULENDA 

IL n’aura pas fallu très longtemps pour que les analystes politiques se rendent compte qu’Ali Bongo n’a pas appris grand-chose de son séjour dans la sphère décisionnelle de l’Etat. Il a commis l’erreur manifeste de nommer son fils Nourredin Bongo au poste de coordonnateur général des affaires présidentielles.

Ce choix est apparu comme une erreur de casting, le promu étant un blanc-bec. De fait, cette nomination était malvenue dans ce contexte de volonté et de désir de changement vers plus de liberté, de bonne gouvernance et de démocratie au Gabon. L’acte du despote a été perçu comme un pas vers une succession  dynastique.

Cette nomination a été perçue par certains commentateurs comme une volonté de prédisposer  son rejeton à prendre le pouvoir en cas d’empêchement définitif du tyran. Cette nouvelle erreur de casting lui a valu des critiques acerbes, tant de la part de ses compagnons politiques que parmi des pans entiers de la population.

A y regarder de près, les erreurs de casting d’Ali Bongo sont dues à sa méconnaissance des réalités du terrain. En effet, la première force d’un dirigeant ce sont les hommes qui l’entourent. Malheureusement, Ali Bongo ne connait ni le Gabon ni les Gabonais. D’où ses nombreuses erreurs de casting.

Ali Bongo ne connait ni le Gabon ni les Gabonais 

Dans sa prétendue géopolitique, il arrive souvent à nommer des personnes au compte des contrées dont ils ne sont pourtant pas originaires. C’est plus tard que les connaisseurs du pays lui dessillent souvent les yeux.

En 2009, un sage l’avait déconseillé de se présenter à l’élection présidentielle, en raison de sa méconnaissance flagrante des hommes et des réalités du terrain. Le sage en question lui a soumis à un exercice insidieux : citer les noms de neuf cadres gabonais en raison d’un seul par province. Ali Bongo a bayé aux corneilles. Il n’a pas pu citer ne serait que quatre noms.

Rien ne lui réussit. Même dans la musique où il s’était essayé, il fut médiocre.

Depuis son arrivée accidentelle dans l’arène politique, le despote n’a pas fait des efforts pour s’améliorer en politique. Lui-même étant une erreur de casting, il ne fait qu’en commettre. Ses messages lénifiants sur la croissance qui doit revenir alors que le pays traverse une profonde crise économique.

Bref, on est à la limite de la tragicomédie. Ali Bongo s’est trompé de posture depuis son premier mandat à la tête du pays. Il a axé son discours sur le développement du pays qui pourtant n’existe dans sa stérile imagination.

Après son hold-up militaro électoral du 31 août 2016, il a voulu prolonger l’illusion du redressement tranquille : surtout ne pas affoler, ne pas brusquer. Or, les Gabonais ont compris que le pays allait très mal, que la croissance ne reviendrait pas d’un coup de baguette magique, que les plans sociaux s’accumulaient, que la courbe du chômage poursuivrait sa montée. Celui qui était censé les rassurer est alors devenu à leurs yeux très inquiétant.

Il a prolongé son stage à la tête du pays mais il n’assimile aucune leçon politique 

Il a perdu de l’autorité en faisant des gamineries. De telles scènes abîment terriblement l’autorité présidentielle d’autant qu’au même moment un complot s’est fomenté au sein même de son camp politique: le Mogabo ronge le fruit de l’intérieur. Certains hommes s’imposent au despote parce qu’ils développent une posture d’autorité qui lui manque cruellement.

Il a décidé de poursuivre son stage à la tête du Gabon. En sortira-t-il vraiment avec des rudiments à même de faire de lui un grand dirigeant ? Pas sûr, pensent certains observateurs de la scène politique gabonaise. Ils fondent leur pessimisme sur le fait que tous les oiseaux qui partent picorer ne reviennent pas avec le même poids. C’est pourquoi le peuple, convaincu qu’il n’est pas un stagiaire concentré et réceptif, a décidé de le virer.

Le soufflé est vite retombé parce qu’il n’a pas su ni voulu prolonger le sursaut national. Il n’a pas appelé à de grandes réformes, il n’a pas invité les forces vives à travailler sur tout ce qui menace l’unité républicaine: le tribalisme et l’égoïsme. C’est tout le paradoxe: Ali Bongo dit porter une ambition pour le Gabon, mais à aucun moment il n’a su porter le message du redressement ni se positionner comme le guide qui éclaire le chemin.

Son cas est d’autant plus troublant qu’il apparaît comme le plus piètre dirigeant que le Gabon n’ait jamais connu. Il a échoué avec une méthode diamétralement opposée aux valeurs de la République. Qu’il s’en aille, vraiment !