Alors que les observateurs de la scène politique africaine s’attendaient à ce qu’Abdelaziz Bouteflika bombe le torse après son retour au pays, au terme de son hospitalisation en Suisse, le président algérien a pris tout le monde à contrepied. Il a annoncé qu’il renonçait à briguer un cinquième mandat et repoussait la date de l’élection présidentielle. Le chef de l’Etat algérien a dit avoir compris le message lancé par son peuple.

Jonas MOULENDA

LE but de l’humilité dont a fait le président algérien, lundi, est d’absorber la colère de la jeunesse algérienne qui ne cesse de réclamer à cor et à cri, l’alternance démocratique dans le pays. Abdelaziz Bouteflika est conscient que son avenir politique est en train de se jouer aussi bien dans les rues d’Alger que dans des arènes internationales. Il a donc pris le taureau par les cornes en abdiquant.

De fait, le sentiment anti-Bouteflika se développe au sein d’une population en butte à des difficultés économiques inextricables. Le rejet du système en place s’amplifie, nourri par la barbarie, l’assassinat de leaders d’opinion et d’une instabilité gouvernementale qui conduit à la mise en cause d’un système démocratique faussé, surplombé qu’il est par un régime dictatorial.

Les Algériens ont fait capituler leur président.

Si Abdelaziz Bouteflika contrôlait encore la situation, il serait monté sur ses ergots, lui dont on connait l’appétence pour le pouvoir. Fragilisé, il a plié l’échine face à la pression populaire. Ces dernières semaines, il semblait stressé par la jeunesse qui représente une menace réelle pour son pouvoir. Cette peur est d’autant plus grande qu’elle intervient dans un contexte international caractérisé par l’amorce de révoltes populaires dans de nombreux pays africains et la chute progressive des dictateurs de la région.

Bouteflika a compris qu’en démocratie, le pouvoir appartient au peuple 

Ne pouvant plus monter le bourrichon à une jeunesse mue par une nouvelle conscience citoyenne et qui ne cesse de lui tailler les croupières, le dirigeant algérien n’avait donc pas d’autre choix que de renoncer au funambulesque projet d’un cinquième mandat, porteur de troubles et de tensions.

Conscient qu’en démocratie, le pouvoir appartient au peuple, c’est plutôt le message de la jeunesse qu’Abdelaziz Bouteflika a écouté. Il a également écouté le message des magistrats, qui avaient à l’unisson décidé de ne pas cautionné une mascarade électorale pour donner des béquilles à un despote qui ne tient plus sur ses guibolles.

Affaibli, Bouteflika a capitulé

Les réactions disproportionnées du régime dictatorial de Bouteflika n’ont pas réussi à faire pas baisser la tension dans les rues d’Alger. Celle-ci reste l’expression toujours vivace et tangible du rejet du pouvoir par le peuple algérien uni dans la défense de l’intérêt général. Les manifestations de la jeunesse algérienne ont mis en péril les fondements d’un dictateur peu enclin à abandonner les honneurs et les prébendes.

Les dictateurs africains qui s’accrochent au pouvoir doivent retenir la leçon donnée par Alger

L’Algérie semble désormais gangrenée par les germes de la révolution, à l’image de celle de la Tunisie voisine. Aucun tissu n’en est épargné. Les frustrations sont les plus grandes. Celui qui s’était présenté comme un guérisseur d’écrouelles se révèle aujourd’hui n’être qu’un dictateur broyeur des vies. Tout naturellement, les Algériens éprouvent pour le pouvoir régnant la même haine viscérale, inextinguible qu’éprouvent les esclaves pour leur maître ou la victime pour son tortionnaire.

Ce sentiment de vomissement, de rejet complet et irréversible pour les auteurs de leur humiliation, traverse non seulement les milliers de laissés-pour-compte, les étudiants qui sont naturellement contestataires, les cadres du secteur public se retrouvant du jour au lendemain sans responsabilité, voire sans revenu, mais aussi d’autres forces sociales habituellement conservatrices comme les magistrats.

Le soulèvement de la jeunesse algérienne a mis en exergue, dans toute son amplitude, la rupture avec la despotique classe politique que rien ne légitime, ni les urnes ni la compétence dans la gestion des affaires. Les Algériens ont démontré qu’un peuple peut faire plier l’échine même à un dictateur féroce.

Abdelaziz Bouteflika a, de son côté, envoyé une leçon d’humilité à ses homologues Paul Biya, Ali Bongo, Denis Sassou Nguesso, Idriss Déby, Teodoro Obiang Nguema, Paul Kagamé, Alassane Drame Ouattara, Alpha Condé et tutti quanti, qui s’accrochent au pouvoir. Il revient à chacun de retenir cette leçon venue d’Alger.